La docteure Fatou Mbengue a soutenu mardi avec brio sa thèse de doctorat d’État en médecine à l’Université Alioune Diop de Bambey (UADB), obtenant la mention très honorable avec une note de 18 sur 20. Issue de la première promotion du département de médecine de l’UFR Santé et développement durable, elle devient la toute première étudiante de ce département à décrocher un doctorat en médecine — une page d’histoire pour l’enseignement supérieur médical en région.
Un sujet choisi au chevet des malades de Touba
Ce n’est pas le hasard qui a guidé la nouvelle docteure vers les carcinomes hépatocellulaires — cancers primitifs du foie —, l’une des pathologies les plus létales lorsqu’elle est diagnostiquée tardivement. C’est l’observation directe, au service des urgences de l’hôpital Cheikh Ahmadoul Khadim de Touba, d’une forte prévalence de cette maladie chez les patients qui l’a décidée à en faire l’objet de ses recherches.
« Cela m’a poussée à m’y intéresser afin d’apporter des solutions et des recommandations », a-t-elle expliqué lors de la soutenance. Ses travaux couvrent la période 2022-2025 et s’appuient sur des données collectées auprès des patients du Centre hospitalier national Cheikh Ahmadoul Khadim, dans le cadre d’une démarche de recherche opérationnelle ancrée dans la réalité du terrain.
Hépatites, sédentarité, obésité : les facteurs de risque pointés
La docteure Mbengue a identifié les hépatites B et C comme principales causes du carcinome hépatocellulaire, aux côtés de la sédentarité et de l’obésité. Une combinaison de facteurs particulièrement préoccupante en Afrique subsaharienne, où la prévalence de l’hépatite B atteint des niveaux alarmants — entre 8 et 15% de la population selon les estimations de l’Organisation mondiale de la santé — et où l’accès aux thérapies antivirales reste limité dans de nombreuses zones.
Le carcinome hépatocellulaire est aujourd’hui le troisième cancer le plus meurtrier au monde. En Afrique, il représente jusqu’à 50% des cancers chez l’homme dans certaines régions, selon les données de l’International Agency for Research on Cancer (IARC). La faiblesse du dépistage et le recours tardif aux soins font que la majorité des cas sont diagnostiqués à un stade où les options thérapeutiques sont très limitées.
Un jury unanimement élogieux
Les membres du jury ont salué la qualité et la pertinence du travail présenté. Le professeur Ousseynou Ka a qualifié la thèse de « très facile à lire », soulignant qu’elle traite d’un « véritable problème de santé publique en Afrique, en particulier au Sénégal ». Le jury a unanimement insisté sur la nécessité d’une prise de conscience collective face à cette pathologie, rappelant que la prévention primaire et le dépistage précoce restent les seules alternatives réellement efficaces face à un cancer dont le pronostic est sombre en cas de prise en charge tardive.
Le président du jury, le professeur Lamine Guèye, a jugé le travail « bien fait dans le fond comme dans la forme », malgré quelques coquilles mineures. La directrice de thèse, la professeure Ndèye Fatou Ngom, également directrice de l’UFR SDD, a salué « le sérieux, la sérénité et l’abnégation » de sa candidate, lui souhaitant une brillante carrière professionnelle.
Un signal fort pour la décentralisation de la formation médicale
Au-delà de la performance individuelle, cette soutenance revêt une dimension symbolique et institutionnelle forte. L’ancien recteur de l’UADB y voit l’aboutissement d’un projet ambitieux — celui d’implanter un département de médecine fonctionnel et performant à Diourbel, loin des grandes métropoles universitaires que sont Dakar et Saint-Louis.
« La qualité de cette thèse témoigne de l’excellence de l’encadrement au sein du département », s’est-il félicité. Un message d’espoir pour les étudiants des régions qui aspirent à des formations médicales de haut niveau sans nécessairement migrer vers la capitale.
