Keur Moussa, 6 mars 2026. Un coup d’éclat qui illustre le désarroi d’une filière à bout. Des horticulteurs venus de Saint-Louis, Kayar, Mboro et Notto Gouye Diama ont déversé ce jeudi de grandes quantités de pommes de terre et d’oignons sur la Route nationale n°1, au kilomètre 50, dans la commune de Keur Moussa. En cause : la non-application par l’État de la mesure de suspension de la vente des produits des agro-industries, qui prive les producteurs locaux de débouchés commerciaux vitaux.

« Des tonnes de produits » sur la voie publique : un cri de désespoir

Réunis au kilomètre 50, les maraichers de toute la zone des Niayes — de Dakar à Saint-Louis — ont choisi l’action spectaculaire pour se faire entendre. Mbaye Ndoye, porte-parole du jour, a planté le décor sans détour : « Nous sommes réunis ici pour manifester notre désarroi mais aussi notre mécontentement. »

Le message est sans équivoque : les producteurs ne parviennent plus à écouler leurs récoltes. « Aujourd’hui, nous avons un problème de commercialisation de la pomme de terre, de l’oignon et des autres spéculations horticoles », a-t-il martelé, précisant que l’objectif de cette mobilisation est d’alerter les autorités et d’obtenir une audience pour des concertations permettant de trouver des solutions concrètes.


Des arrêtés qui restent lettres mortes

Au cœur de la colère des producteurs : la non-effectivité des mesures gouvernementales censées protéger la production locale face à la concurrence des agro-industries.

Le porte-parole de l’interprofession oignon, Aly Ndiaye, a détaillé l’enchaînement des manquements avec amertume. L’arrêté attendu pour le 15 février n’a jamais été pris. Quant à celui du 28 février dernier, il n’a pas empêché les agrobusiness de continuer à inonder le marché avec leurs camions chargés de produits — rendant la concurrence des petits producteurs locaux tout simplement impossible.

« Les actes devant être posés pour permettre aux producteurs d’écouler leurs productions n’ont pas été suivis d’effets », a-t-il déploré, résumant d’une formule le sentiment général d’une filière qui se sent abandonnée par les pouvoirs publics.


Des solutions structurelles réclamées en urgence

Au-delà du cri d’alarme immédiat, les producteurs formulent des revendications de fond. Aly Ndiaye a appelé les autorités à investir massivement dans :

  • Le développement d’infrastructures de stockage pour éviter les pertes post-récolte
  • La promotion de la filière de transformation locale
  • L’ouverture de voies vers l’exportation dans la sous-région

Des investissements structurels qui, selon les professionnels du secteur, permettraient de mettre fin à la dépendance des producteurs aux aléas du marché intérieur et de valoriser durablement la production horticole sénégalaise.


La zone des Niayes, poumon horticole du Sénégal en péril

La zone des Niayes, qui s’étend sur le littoral nord du Sénégal, constitue le premier bassin maraîcher du pays, fournissant une part considérable de la production nationale de légumes et de tubercules. La crise qui la frappe aujourd’hui touche directement des milliers de familles dont les revenus dépendent de cette filière et menace la sécurité alimentaire d’une partie de la population sénégalaise.

Article rédigé par la rédaction de sami24tv.com

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