CinquiĂšme scrutin au Conseil de sĂ©curitĂ© : l’ancien prĂ©sident sĂ©nĂ©galais maintient 5 encouragements mais voit ses dĂ©couragements augmenter Ă 10. La course se recompose, avec une possible bipolarisation autour de candidats latino-amĂ©ricains.
La course Ă la succession d’AntĂłnio Guterres Ă la tĂȘte des Nations unies connaĂźt une nouvelle Ă©tape critique. Le cinquiĂšme vote indicatif organisĂ© au Conseil de sĂ©curitĂ© redessine les contours de la compĂ©tition, avec des gagnants et des perdants qui remettent en question la perception initiale d’une prĂ©fĂ©rence universelle pour une femme Ă ce poste.
Parmi les enjeux : la position de Macky Sall, ancien prĂ©sident du SĂ©nĂ©gal, dont la candidature demeure fragile malgrĂ© un soutien stable de cinq Ătats.
Un changement majeur : le recul des femmes candidates
Lors des quatre premiers votes indicatifs, les femmes candidates occupaient systĂ©matiquement au moins les deux premiĂšres places. Ce consensus autour des candidatures fĂ©minines semblait inĂ©branlable â une prĂ©fĂ©rence largement affichĂ©e par l’ONU et ses Ătats membres.
Mais le cinquiĂšme vote indicatif bouleverse cette dynamique. La prĂ©fĂ©rence pour une femme secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale n’apparaĂźt plus comme un facteur dĂ©terminant face Ă d’autres considĂ©rations â notamment la rotation rĂ©gionale, l’expĂ©rience politique spĂ©cifique et les jeux de pouvoir permanents.
C’est une rĂ©volution silencieuse dans la perception de ce qu’une candidature peut ĂȘtre.
Rebeca Grynspan (Costa Rica) en tĂȘte â mais contestĂ©e
La Costaricienne Rebeca Grynspan demeure en tĂȘte du scrutin avec 9 encouragements et 6 discouragements. Elle conserve donc une majoritĂ© claire de soutiens indicatifs.
Cependant, ce qui importera rĂ©ellement â et c’est ici que rĂ©side l’enjeu critique â c’est le soutien des cinq membres permanents du Conseil de sĂ©curitĂ© (Ătats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni), qui dĂ©tiennent le droit de veto.
Les votes indicatifs donnent une image partielle, car les positions des permanents ne sont pas explicitement dĂ©codĂ©es par ce systĂšme. Un Ătat peut voter « oui » indicativement tout en gardant son veto en poche pour le vote final.
Rafael Grossi (Argentine) monte â l’homme du moment
La surprise du cinquiĂšme vote est l’Ă©mergence de Rafael Grossi, candidat argentin, qui se retrouve dĂ©sormais devant plusieurs candidates fĂ©minines, notamment Carolyn Rodrigues-Birkett.
Grossi reprĂ©sente un profil que le Conseil semble vouloir explorer : un homme expĂ©rimentĂ©, avec un background scientifique/technique (il est directeur de l’Agence internationale de l’Ă©nergie atomique), et originaire d’AmĂ©rique latine â une rĂ©gion qui n’a pas eu de secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral depuis des dĂ©cennies.
Son montĂ©e signale que le Conseil est prĂȘt Ă sortir des sentiers battus.
Le recul de Carolyn Rodrigues-Birkett (Guyane) â une chute majeure
La Guyanaise Carolyn Rodrigues-Birkett, longtemps perçue comme une leader parmi les candidatures féminines, enregistre un recul important.
Ses chiffres :
- Anciennement : 8 votes favorables
- Actuellement : 5 encouragements et 9 discouragements
C’est un basculement. AprĂšs avoir semblĂ© en position de force, elle voit ses soutiens fondre et ses opposants se renforcer. Ce qui explique ce changement de perception n’est pas clairement Ă©noncĂ©, mais plusieurs hypothĂšses :
- Rotation rĂ©gionale â Les Ătats-Unis et autres puissances favorisent un candidat latino-amĂ©ricain avec un profil diffĂ©rent
- SolidaritĂ© fĂ©minine fragmentĂ©e â Les Ătats ne votent pas comme un bloc derriĂšre une femme
- Dossiers gĂ©opolitiques â Possibles diffĂ©rends sur la politique envers la Guyane ou le Venezuela
Macky Sall : stabilité de façade, fragilité réelle
L’ancien prĂ©sident sĂ©nĂ©galais conserve 5 encouragements, exactement comme aux trois scrutins prĂ©cĂ©dents. Cela pourrait sembler rassurant â une base stable de soutiens.
Cependant, ses 10 discouragements (contre 9 précédemment) révÚlent une fragilité croissante.
Que signifie cela concrĂštement ?
Avec 5 encouragements et 10 discouragements, Macky Sall n’a manifestement pas le consensus du Conseil indicatif. Au moment du vote final, s’il n’obtient pas le soutien explicite des permanents, son veto deviendra inĂ©vitable.
Or, obtenir le soutien des cinq permanents (dont la Russie et la Chine, souvent critiques des candidats africains occidentalisés) est quasi impossible pour Sall.
Les Ăchos souligne la « fragilité » de sa position â c’est un euphĂ©misme pour dire : sa candidature a trĂšs peu de chances.
Olara Otunnu (Ouganda) : l’effondrement du candidat africain alternatif
Le seul autre candidat africain majeur, Olara Otunnu de l’Ouganda, fait face Ă un vĂ©ritable dĂ©sastre :
- 3 encouragements
- 12 discouragements
C’est une dĂ©bĂącle. Avec 12 votes dĂ©favorables sur un total limitĂ© de votants, au moins 2 ou 3 de ces votes proviennent des membres permanents. Cela signifie que Otunnu n’a aucune viabilitĂ© â mĂȘme s’il cherchait Ă nĂ©gocier, il ne pourrait Ă©viter les vetos.
Son effondrement ramÚne la course au débat fondamental : qui aprÚs Guterres, un Européen du sud ?
Le dĂ©bat de la rotation rĂ©gionale : l’AmĂ©rique latine comme successeur logique
Les Ăchos identifie un argument clĂ© qui structure tout le dĂ©bat : la rotation rĂ©gionale.
L’argument est : aprĂšs un secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral europĂ©en (AntĂłnio Guterres, portugais), c’est au tour d’une autre rĂ©gion. L’AmĂ©rique latine et les CaraĂŻbes reprĂ©sentent une rĂ©gion majeure, Ă©conomiquement et dĂ©mographiquement, qui n’a jamais eu de secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ONU.
Tous les candidats latino-amĂ©ricains majeurs (Rebeca Grynspan, Rafael Grossi, Carolyn Rodrigues-Birkett) sont donc avantagĂ©s par cet argument rĂ©gional, mĂȘme quand leurs profils diffĂšrent.
Macky Sall, bien qu’africain, reprĂ©sente une rĂ©gion (l’Afrique) qui a dĂ©jĂ eu des secrĂ©taires gĂ©nĂ©raux : Kofi Annan (Ghana, 1997-2006) et Ban Ki-moon (CorĂ©e du Sud, 2007-2016) ne sont pas africains, mais il y a eu des tentatives africaines sĂ©rieuses.
Le problÚme des votes indicatifs : opacité sur les permanents
Un point critique que souligne L’Observateur : les votes indicatifs ne rĂ©vĂšlent pas clairement les positions des membres permanents.
Un permanent peut voter « oui » indicativement tout en gardant son veto pour le vote final. Inversement, il peut voter « non » indicativement pour signaler une position, mais ne pas exercer son veto si un consensus émerge.
Cela signifie que :
- Les chiffres que nous voyons ne montrent que 15 des 193 Ătats
- Les 5 permanents restent opaques
- Le vrai vote â celui avec veto â n’aura lieu qu’au moment final
Par conséquent, prédire qui gagnera based on les votes indicatifs est hasardeux.
Implication pour Macky Sall : perspectives réalistes
En regardant les chiffres, plusieurs conclusions émergeht :
- Sall n’a pas le momentum â 5 encouragements seulement, c’est insuffisant pour construire une majoritĂ©
- Ses oppositions croissent â 10 dĂ©couragements suggĂšrent une opposition active et croissante
- L’argument rĂ©gional joue contre lui â L’AmĂ©rique latine est favorisĂ©e par la rotation
- Sans soutien des permanents, son veto est inĂ©vitable â Et il n’y a aucun signe qu’il l’ait
Conclusion implicite : Macky Sall a probablement peu de chances. Sa candidature s’inscrit dans une logique de « rester dans la course » plutĂŽt que de « remporter le scrutin ».
Qui sortira vainqueur ?
Si les tendances actuelles se maintiennent, le champ se restreindrait entre :
- Rebeca Grynspan (Costa Rica) â En tĂȘte, mais opposition croissante
- Rafael Grossi (Argentine) â Momentum montant, profil technique, argument rĂ©gional
- Potentiellement d’autres candidats latino-amĂ©ricains non encore dĂ©minĂ©s
L’Afrique serait marginalisĂ©e dans ce scrutin, ce qui reprĂ©senterait un revers pour le continent â et pour Macky Sall spĂ©cifiquement.
