Commission parlementaire enquĂȘte cessions patrimoine bĂąti État. Fofana confrontĂ© 4 fois sur approbation baux. Il distingue cadre lĂ©gal 2013 vs 2018. Dak Tower : histoire 15 ans, arrangement de “rĂ©paration prĂ©judice” vs investisseur ACCI. Climat audition tendu, parlementaires impatients.

L’audition d’Abdou Karim Fofana, ancien directeur gĂ©nĂ©ral de l’Agence de gestion du patrimoine bĂąti de l’État (AGPBE) et ancien ministre de l’Urbanisme, s’est dĂ©roulĂ©e ce lundi 12 octobre 2026 devant la Commission parlementaire d’enquĂȘte sur les cessions d’immeubles du patrimoine bĂąti de l’État.

Fofana a dĂ» dĂ©fendre pied Ă  pied la lĂ©galitĂ© des baux conclus par l’agence, notamment l’arrangement controversĂ© du projet Dak Tower.

Le climat de l’audition a progressivement s’est tendu — rĂ©vĂ©lant les frustrations profondes entre le parlement et l’administration.

Le point de friction majeur : le rĂ©gime d’approbation des baux

La question qui revient obsessionnellement : les baux doivent-ils ĂȘtre approuvĂ©s par dĂ©cret prĂ©sidentiel ?

C’est un enjeu technique, mais politiquement brĂ»lant. Pourquoi ? Parce que si Fofana n’avait pas l’autoritĂ© pour approuver les baux seul, alors tout ce qu’il a signĂ© est potentiellement illĂ©gal.

Les parlementaires ont insistĂ© sur ce sujet Ă  repetition. Au point que Fofana a finalement fait observer que « la mĂȘme question lui Ă©tait posĂ©e pour la quatriĂšme fois ».

Au lieu de rĂ©pondre directement, il a cherchĂ© Ă  distinguer les pĂ©riodes lĂ©gales, ce qui a aggravĂ© l’impatience.

Distinction légale 1 : Avant et aprÚs 2013

Fofana a expliquĂ© que les baux signĂ©s avant 2013 par l’ancienne Direction gĂ©nĂ©rale du patrimoine bĂąti n’ont jamais eu besoin d’approbation prĂ©sidentielle.

Puis, aprĂšs 2013, quand l’AGPBE a Ă©tĂ© créée par dĂ©cret, l’agence a reçu l’autoritĂ© d’effectuer « toutes les opĂ©rations nĂ©cessaires Ă  la politique d’acquisition et d’aliĂ©nation du patrimoine bĂąti ».

En d’autres termes : Ă  partir de 2013, l’AGPBE pouvait signer des baux sans aller demander au prĂ©sident.

Les parlementaires n’étaient pas satisfaits. Ils voulaient une rĂ©ponse claire : « Aviez-vous le droit ou non ? » Pas une leçon sur les Ă©volutions lĂ©gales.

Distinction légale 2 : Le décret de 2018

Fofana a ajouté une autre couche de complexité : le décret de 2018.

Ce dĂ©cret, selon lui, visait spĂ©cifiquement les baux Ă  valorisation et partage (type emphytĂ©otique) portant sur des bĂątiments importants du domaine d’État, comme :

  • La maison de la RTS (RadiotĂ©lĂ©vision sĂ©nĂ©galaise)
  • La maison de l’Éducation nationale
  • Autres bĂątiments stratĂ©giques

Pour ces baux stratĂ©giques, une approbation Ă©tait peut-ĂȘtre nĂ©cessaire. Mais pour les baux Ă  usage d’habitation et autres usages ordinaires, non.

« Il ne faut pas entretenir la confusion », a martelé Fofana, demandant que sa position soit consignée au procÚs-verbal.

Le climat se crispe : “Vous n’ĂȘtes pas ici pour faire cours”

Mais les parlementaires sont devenus impatients. Quand Fofana se lançait dans ces explications dĂ©taillĂ©es sur les cadres lĂ©gaux, le prĂ©sident de la commission, Momath Talla Ndao, et d’autres voix ont fait savoir :

« On n’est pas lĂ  pour des cours sur les baux. Une question claire a Ă©tĂ© posĂ©e, il faut y rĂ©pondre. »

C’est un moment de tension rĂ©vĂ©lateur. Le parlement dit : « Vous nous prenez pour des Ă©coliers ? RĂ©pondez simplement. »

Fofana rétorque : « Vous ne comprenez pas la distinction légale. Il y a confusion à lever. »

L’escalade : accusations mutuelles

La tension s’est intensifiĂ©e. Fofana a reprochĂ© au prĂ©sident de la commission de :

  1. Commenter ses rĂ©ponses — Au lieu d’écouter, il commentait
  2. Chercher Ă  l’amener vers une rĂ©ponse prĂ©cise — Le forcer Ă  dire ce qu’ils veulent entendre
  3. PrĂ©tendre juger — « Vous n’ĂȘtes pas le juge »

Fofana a aussi affirmĂ© qu’il ne cherchait pas Ă  « tirer la couverture » — expression sĂ©nĂ©galaise pour “monopoliser l’attention” ou “faire du spectacle”.

Il a soulignĂ© qu’il n’avait pas pris la parole dans les mĂ©dias ces derniĂšres annĂ©es — sous-entendu : « Je respecte la discrĂ©tion, pourquoi m’agresser ? »

Le prĂ©sident de la commission a rappelĂ© Ă  Fofana qu’on Ă©tait dans une instance d’enquĂȘte, pas un dĂ©bat contradictoire.

Le dossier Dak Tower : 15 ans d’histoire

Au-delĂ  de l’approbation, le cƓur de l’enquĂȘte c’est le projet Dak Tower — un dĂ©veloppement immobilier majeur Ă  Dakar.

Voici l’historique que Fofana a retracĂ© :

2005-2006 (Ère Abdoulaye Wade)

  • La sociĂ©tĂ© African Company For Construction and Investment (ACCI) obtient un bail sur un terrain de 2,5 hectares prĂšs du stade Assane Diouf
  • Le droit au bail est inscrit au livre foncier — l’État reste propriĂ©taire, mais ACCI a les droits
  • ACCI commence investir (environ 15 milliards de FCFA dĂ©pensĂ©s)

2011

  • ACCI dĂ©croche un agrĂ©ment au code des investissements pour un projet massif de plus de 200 milliards de FCFA
  • Le projet est censĂ© ĂȘtre lancĂ©

2011-2019 (Une décennie de blocage)

  • Le chantier reste bloquĂ© plus de 10 ans
  • Aucun construction, aucun avancement
  • ACCI a investi 15 milliards mais ne peut pas dĂ©velopper le projet

2019 (Nouvelle administration)

  • Le gouvernement reprend le dossier
  • Fofana explique que l’État devait « rĂ©parer un prĂ©judice » causĂ© Ă  ACCI
  • ACCI avait des droits Ă©tablis au livre foncier ; ne pas respecter ces droits expose l’État aux procĂšs — « parfois 5 ou 10 ans aprĂšs les faits »

L’arrangement de 2019 : logique de “rĂ©paration”

PlutĂŽt que de briser simplement le bail (risque procĂšs), l’État a nĂ©gociĂ© un **arrangement :

  1. ACCI renonce Ă  15 000 mÂČ de son droit de bail original
  2. L’État rĂ©cupĂšre ces 15 000 mÂČ â€” ce qui permet la mosquĂ©e, la rue, le terrain de football
  3. ACCI reçoit en contrepartie :
    • 3 200 mÂČ dans le prolongement des ambassades
    • Environ 2 000 mÂČ sur l’assiette de l’ancien aĂ©roport

Fofana a invoqué deux principes :

✓ StabilitĂ© juridique et contractuelle — DĂ©terminante pour les investisseurs. Si l’État viole contrats, personne ne veut investir
✓ État ne fait pas de “projet immobilier” — Il rĂ©pare un prĂ©judice contractuel, il ne spĂ©cule

Il a aussi notĂ© que le bail ne confĂšre qu’un droit d’usage limitĂ© — 20 Ă  30 ans, pas perpĂ©tuel.

Contexte urbain du projet

D’autres usages Ă©taient envisagĂ©s pour le site :

  • Une mosquĂ©e
  • Une rue de 10 mĂštres sur 200 pour sĂ©parer du stade/mosquĂ©e omarienne
  • Un terrain de football d’1 hectare

C’est un projet complexe, pas juste immobilier commercial.

Les critiques sous-jacentes

Pourquoi le parlement enquĂȘte sur ce dossier ? Plusieurs suspicions :

  1. Favoritisme — ACCI reçoit-elle un arrangement trop gĂ©nĂ©reux ?
  2. OpacitĂ© — Ce dossier Ă©tait-il bien prĂ©sentĂ© au parlement ?
  3. Approbation lĂ©gale — Qui a droit d’approuver ? Y a-t-il eu approbation ?
  4. Perte d’État — L’État renonce Ă  15 000 mÂČ ! C’est beaucoup !

Fofana rĂ©pondrait : « C’est la seule façon de dĂ©bloquer le projet sans crise juridique. »

Proposition de fermeture : impasse

À un moment, Fofana a proposĂ© de « clore le sujet » pour rĂ©pondre aux questions d’autres dĂ©putĂ©s.

C’est un signal : il ne veut plus de relances sur ce point. Il estime avoir fourni sa dĂ©fense.

Le prĂ©sident de la commission a acceptĂ©, et l’audition s’est poursuivie jusqu’à sa clĂŽture.

Implications politiques et légales

Cette audition révÚle des tensions profondes entre :

  • ExĂ©cutif (reprĂ©sentĂ© par Fofana) — dĂ©fend les dĂ©cisions prises, la lĂ©galitĂ©, la stabilitĂ©
  • Parlement — veut vĂ©rifier que l’intĂ©rĂȘt public n’a pas Ă©tĂ© sacrifiĂ©

Le dossier Dak Tower sera probablement analysé dans le rapport de la commission.

Dépendant des conclusions, le parlement pourrait :

✓ DĂ©clarer Fofana non responsable (procĂ©dures respectĂ©es)
✗ Demander des rĂ©visions du projet
✗ Poursuivre Fofana ou autres responsables (si preuves de malveillance)

À suivre.

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