Un tournant majeur est survenu dans l’affaire du journaliste gambien Deyda Hydara, tué en 2004 : Sanna Manjang, ancien membre présumé des redoutés Junglers, a été officiellement inculpé mercredi à Banjul pour meurtre. L’annonce a été faite devant un tribunal où un journaliste de l’AFP était présent.
Arrêté au Sénégal puis extradé en Gambie
Sanna Manjang a été interpellé samedi au Sénégal lors d’une opération sécuritaire conjointe entre les autorités sénégalaises et gambiennes. Il a ensuite été transféré mardi à Banjul, avant d’être présenté devant la justice le lendemain.
Deux meurtres reprochés, dont celui du correspondant de l’AFP
La justice gambienne accuse Sanna Manjang d’avoir causé la mort :
- du journaliste Deyda Hydara, abattu le 16 décembre 2004 ;
- de l’homme d’affaires Ndongo Mboob, tué en 2006.
Selon le document officiel du tribunal, l’ex-militaire aurait « causé leur mort en leur tirant dessus avec une arme ».
Un ancien “Jungler”, bras armé de Yahya Jammeh
Sanna Manjang est considéré depuis plusieurs années comme un fugitif. Les autorités gambiens le présentent comme un ancien membre des “Junglers”, la milice paramilitaire de l’ex-président Yahya Jammeh, dirigée contre opposants, journalistes et dissidents.
La commission Vérité, Réconciliation et Réparations (TRRC) l’avait déjà cité pour son rôle clé dans :
- des tortures,
- des disparitions forcées,
- des exécutions extrajudiciaires commises au nom du régime.
Deyda Hydara, pilier de la presse gambienne
Âgé d’une soixantaine d’années au moment de sa mort, Deyda Hydara était un journaliste respecté, père de quatre enfants et correspondant de l’AFP depuis 30 ans.
Il est également cofondateur du journal privé The Point, connu pour sa ligne éditoriale critique envers :
- les dérives autoritaires du régime Jammeh,
- la corruption des élites,
- les violations répétées de la liberté de la presse.
Son assassinat, resté impuni pendant deux décennies, symbolise l’ère sombre de la répression politique en Gambie.
