Au Sénégal, le climat politique s’est nettement tendu ces dernières semaines autour de la relation entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko. Une situation qui interroge : le chef de l’État est-il en train de s’isoler de la base militante du Pastef, le parti qui l’a porté au pouvoir lors de la présidentielle de 2024 ?
Devant l’Assemblée nationale, à l’occasion des questions d’actualité, Ousmane Sonko a tenté vendredi de désamorcer les polémiques. Dans une salle chauffée à blanc, sous les applaudissements de la majorité, il a assuré que les deux hommes continuent de travailler “main dans la main”, malgré des divergences politiques désormais assumées.
« Il n’y a aucun problème. Nous travaillons ensemble du matin au soir », a-t-il insisté, tout en admettant que chaque leader peut avoir “son propre agenda”.
Divergences politiques et rupture de confiance chez les militants
L’épicentre de la crise reste la décision du président Faye de remplacer Aïda Mbodj, choix de Sonko, par Aminata Touré à la tête de la coalition Diomaye Président. Un geste perçu comme une rupture par une partie des militants, qui dénoncent une “trahison”.
Dans les rues animées de la Médina à Dakar, ce sujet domine toutes les conversations.
« Sans Sonko, Diomaye ne serait jamais arrivé au pouvoir », estime Ibrahima, cordonnier et militant déçu. Pour lui, l’alliance qui avait soudé les deux hommes lors de la campagne semble s’être fissurée.
Le mécontentement s’est même matérialisé sur les réseaux sociaux : en seulement 48 heures, plus de 40 000 abonnés ont quitté la page Facebook du président, une chute brutale de popularité pour un dirigeant jusque-là porté par un soutien populaire massif.
Le slogan “Diomaye mooy Sonko” remis en question
Durant la campagne de 2024, le duo incarnait une unité politique rare, symbolisée par le slogan viral “Diomaye mooy Sonko” (“Diomaye, c’est Sonko”). Une unité que beaucoup voient aujourd’hui s’effriter.
Dans plusieurs sections locales du Pastef, mais aussi au sein de la diaspora, des communiqués se multiplient pour soutenir Ousmane Sonko et appeler le président à reconsidérer sa position. Une ligne de fracture devenue visible au sein du parti.
Un pouvoir à deux… qui atteint ses limites ?
À son arrivée au pouvoir, Bassirou Diomaye Faye théorisait un leadership partagé avec son Premier ministre, prônant une réduction des prérogatives présidentielles. Mais pour certains analystes, ce modèle montre ses limites.
Le politologue Mamadou Sy Albert affirme que le président commence à se sentir “étouffé” politiquement par un Ousmane Sonko très présent sur la scène publique.
Selon lui, les deux dirigeants divergent aussi sur la gestion des dossiers judiciaires, notamment ceux liés aux victimes des violences politiques de 2021-2024.
Diomaye Faye souhaite préserver une image de neutralité et de consensus, tandis que Sonko assume une ligne beaucoup plus directe et interventionniste.
La coalition se recompose autour du président
Alors que la tension persiste au sein du Pastef, la coalition présidentielle semble amorcer une recomposition stratégique. Sous la direction d’Aminata Touré, de nombreuses personnalités politiques rejoignent progressivement l’alliance Diomaye Président, offrant au chef de l’État une nouvelle marge de manœuvre en cas de rupture ouverte avec le Pastef.
