Le député-maire des Agnam, Farba Ngom, a été entendu ce lundi au fond par le Pool judiciaire financier (PJF) dans le cadre du dossier dit des 125 milliards de francs CFA. Une audition longue de plus de quatre heures, marquée par un climat particulièrement lourd, en raison de l’état de santé jugé très préoccupant de l’inculpé.
Arrivé en ambulance depuis le pavillon spécial de l’hôpital Aristide Le Dantec, Farba Ngom a comparu devant le président du collège des juges d’instruction, Idrissa Diarra, en présence d’un substitut du procureur. Selon son avocat, Me Baboucar Cissé, l’interrogatoire a été régulièrement interrompu par des pauses médicales.
« Il avait des difficultés respiratoires sévères, parfois jusqu’à l’étouffement. Le juge a été contraint d’accorder des pauses de trente minutes pour qu’il puisse prendre ses médicaments », a confié la robe noire à la presse.
L’avocat ajoute que son client est tombé à plusieurs reprises dans un état de somnolence, rendant certaines réponses impossibles. Malgré cette extrême fragilité, Farba Ngom aurait tenu à répondre personnellement à toutes les questions qui lui ont été posées.
Une défense axée sur la négation totale
Face aux accusations de détournement de deniers publics portant sur 31 milliards de FCFA et de complicité présumée à hauteur de 91 milliards, Farba Ngom a adopté une ligne de défense ferme, rejetant toute implication financière avec l’État, selon L’Observateur.
Sur le Trésor public, il nie catégoriquement toute relation :
« Je ne connais même pas l’emplacement du bureau du Trésorier général », a-t-il déclaré, affirmant n’avoir jamais reçu de virements ni obtenu de marchés publics. Il aurait même invité le parquet à solliciter la Sonatel afin de prouver qu’il ne possède aucun contact téléphonique lié aux autorités du Trésor.
Sur Tahirou Sarr et la Sofico, Farba Ngom rejette toute accusation de blanchiment. Il soutient que les transactions évoquées entre ses sociétés (SCP Tidjania et Doworou) et celles de l’homme d’affaires étaient parfaitement traçables.
« Si j’avais voulu frauder, je n’aurais jamais utilisé des virements et des chèques identifiables », a-t-il insisté.
Concernant Amadou Sall et Woodrose, le maire des Agnam affirme n’avoir jamais effectué de transaction avec le fils de l’ancien président Macky Sall. Il déclare également ignorer totalement l’existence de la société Woodrose et n’avoir rencontré certains co-inculpés qu’en détention à Rebeuss.
Une incohérence pointée par la défense
Les avocats de Farba Ngom dénoncent une contradiction majeure dans la procédure. Selon eux, alors que le dossier repose essentiellement sur un supposé détournement de deniers publics, aucune question directe sur le Trésor public n’aurait été posée durant toute l’audition.
Pour Me Baboucar Cissé, cette infraction serait une « chimère judiciaire » servant uniquement à justifier la détention prolongée de son client, sans éléments matériels solides.
À l’issue de l’audition, Farba Ngom a été reconduit au pavillon spécial. La procédure se poursuit ce mercredi 17 décembre avec l’audition de son co-accusé, Tahirou Sarr, devant le Pool judiciaire financier.
