L’ancien maire de Taïba Ndiaye et figure emblématique de la gouvernance locale au Sénégal, Alé Lô, s’est éteint dimanche à Dakar. Il sera inhumé ce lundi dans sa commune du département de Tivaouane. Avec lui disparaît l’un des architectes les plus discrets mais les plus déterminants du processus de décentralisation sénégalais, auquel il a consacré plus de trois décennies de sa vie.


Plus de trente ans au service d’un territoire

Le parcours d’Alé Lô à la tête de Taïba Ndiaye est l’un des plus longs de l’histoire de la gouvernance locale sénégalaise. Élu à la tête du conseil rural de l’ancienne communauté rurale dès 1990, il en devient le premier maire en 2014, lorsque la réforme de communalisation intégrale – l’Acte III de la décentralisation – transforme les communautés rurales en communes de plein exercice. Il restera aux commandes jusqu’aux élections locales de 2022, soit plus de trente ans d’engagement continu au service d’un même territoire.

Son magistère aura été marqué par des avancées concrètes dans l’accès aux services essentiels, notamment l’eau potable et l’électrification rurale – deux indicateurs fondamentaux de la qualité de vie dans les zones rurales sénégalaises où de nombreuses localités étaient encore très défavorisées à son arrivée aux responsabilités.


Un bâtisseur d’institutions au niveau national

Au-delà de Taïba Ndiaye, Alé Lô a joué un rôle structurant dans la construction du mouvement des élus locaux à l’échelle nationale. Membre fondateur et ancien président de l’Association des communautés rurales du Sénégal, il est également reconnu comme l’un des concepteurs de l’Association des présidents de conseils ruraux (APCR) et de l’Union des associations d’élus locaux (UAEL), dont il a pris la présidence.

Ces structures, aujourd’hui incontournables dans le paysage institutionnel sénégalais, ont permis aux élus locaux de parler d’une seule voix face à l’État central et de peser dans les débats sur la réforme territoriale. Alé Lô en a été l’un des chevilles ouvrières, convaincu que la dignité des territoires ruraux passait par leur organisation et leur capacité à se faire entendre.

Ancien parlementaire, il avait également porté ces convictions au cœur des institutions nationales, contribuant à ancrer la décentralisation comme une priorité politique durable.


Un hommage appuyé de son successeur

Son successeur à la tête de la commune, le maire Assane Ndiaye, avait rendu un hommage vibrant à son « mentor politique » lors d’une cérémonie organisée en son honneur début janvier 2026, le décrivant comme « un fédérateur, un homme multidimensionnel et un grand bâtisseur » dont le parcours a été « marqué par un engagement constant en faveur de l’intégration et de la promotion du monde rural ».

En signe de reconnaissance durable, Assane Ndiaye avait annoncé que la municipalité envisage de donner le nom d’Alé Lô à une infrastructure publique majeure – un boulevard ou un lycée – afin que les générations futures gardent vivante la mémoire de celui qui a façonné le visage actuel de Taïba Ndiaye.


Un legs institutionnel durable

La disparition d’Alé Lô intervient dans un contexte où la décentralisation sénégalaise est à nouveau au cœur du débat politique, avec le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye qui entend approfondir la territorialisation des politiques publiques dans le cadre de sa vision de développement. L’héritage d’Alé Lô – les institutions qu’il a contribué à bâtir, les générations d’élus locaux qu’il a inspirées et les valeurs de gouvernance de proximité qu’il a incarnées – constitue un socle sur lequel les acteurs du développement territorial peuvent s’appuyer.

Le Sénégal perd en lui une mémoire vivante de la gouvernance locale et un pionnier dont l’action discrète mais constante a transformé en profondeur le rapport des communautés rurales à leur propre développement.

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