Le nouveau décret portant réorganisation de la Primature, signé par le président Bassirou Diomaye Faye et contresigné par le Premier ministre Ousmane Sonko, continue de susciter de vifs débats. Pour Abdou Fouta Diakhoumpa, spécialiste en administration publique et enseignant à l’École nationale d’administration (ENA), cette réforme marque un tournant institutionnel majeur : la Primature se transforme en véritable centre de commandement. Mais derrière cette montée en puissance, l’expert voit surtout une architecture coûteuse, peu cohérente et dangereusement centralisée.

Des ministères affaiblis par une Primature hypertrophiée

Interrogé par L’Observateur, Diakhoumpa estime que cette refonte administrative ne réduit pas les pouvoirs de la Présidence, mais affaiblit les ministères. Selon lui, la création d’un vaste Secrétariat d’État absorbant des missions auparavant réparties entre plusieurs départements entraîne un déséquilibre institutionnel et des charges financières supplémentaires, dans un contexte national marqué par une rigueur budgétaire annoncée.

Il pointe également la multiplication de postes jugés non essentiels — directeurs de cabinet adjoints, secrétaires généraux adjoints promus à des rangs supérieurs — qui pourraient alourdir davantage la masse salariale de l’État.

Une Primature transformée en “mini-gouvernement”

Pour l’expert, la nouvelle organisation ressemble davantage à un “mini-gouvernement logé au sein de la Primature” qu’à une véritable modernisation administrative. Il regrette que cette réforme n’intègre pas les principes contemporains de management public, tels que la délégation, la déconcentration ou les mécanismes d’allégement de la chaîne décisionnelle.

L’une des innovations les plus préoccupantes, selon lui, réside dans la possibilité offerte au Secrétaire général du gouvernement de présider ou de coprésider des réunions interministérielles et même de coordonner l’action des ministères. Un pouvoir “inhabituel”, mal encadré, et susceptible d’entraîner des frictions dans la gestion de l’action publique.

Chevauchements et confusion des rôles

Diakhoumpa alerte également sur des risques de doublons administratifs. L’élargissement des compétences de l’Inspection technique logée à la Primature pourrait l’amener à contrôler des structures extérieures à son périmètre habituel, créant un chevauchement avec l’Inspection générale d’État (IGE).

Autre point sensible : la nomination des conseillers techniques du Secrétaire général par le Premier ministre. Une disposition qui, selon lui, fragilise l’autonomie fonctionnelle du Secrétaire général et laisse apparaître une volonté de contrôle renforcé.

Un choix politique plus qu’une réforme rationnelle ?

Pour le spécialiste, cette réorganisation semble davantage guidée par la volonté de centraliser le pouvoir autour de la Primature qu’animée par une cohérence administrative. “Qui trop embrasse, mal étreint”, résume Diakhoumpa, doutant de l’efficacité d’une structure aussi lourde et concentrée.

Alors que les autorités défendent une volonté d’efficience et de coordination renforcée, cette réforme continue de diviser. Entre promesse de modernisation et inquiétude face à la concentration du pouvoir, la nouvelle Primature pourrait bien devenir l’un des grands chantiers politiques et institutionnels des prochains mois.

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