Dakar, 4 mars 2026. La presse quotidienne sénégalaise de ce mercredi décrypte trois dossiers brûlants : l’adoption du CNRM par l’Assemblée nationale, saluée par le gouvernement mais vivement contestée par les professionnels des médias ; le feuilleton judiciaire Madiambal Diagne, dont l’extradition reste suspendue malgré l’avis partiellement favorable de Versailles ; et la candidature de Macky Sall à l’ONU, que Dakar dit n’avoir pas cautionnée, pendant que ses soutiens se mobilisent.
CNRM adopté : entre ambitions affichées et inquiétudes du secteur
Une majorité parlementaire acquise, un secteur divisé
Le Conseil national de régulation des médias (CNRM) a été adopté mardi à la majorité des députés, à l’initiative du ministre de la Communication Alioune Sall. Le Soleil souligne que le nouvel organe voit ses compétences élargies à l’ensemble des médias classiques et numériques, ainsi qu’aux créateurs de contenus — une extension inédite du périmètre de régulation.
Walfquotidien rapporte les propos du ministre, selon lequel « l’expertise du futur CNRM pourrait aider à dégager un modèle économique viable pour la presse ». Vox Populi résume la philosophie du texte comme un « choix de société pour un espace public ordonné, responsable et protecteur ».
Le CDEPS tire la sonnette d’alarme
Mais derrière les assurances ministérielles, la résistance du secteur est palpable. Le Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal (CDEPS) voit dans le CNRM « une menace directe sur l’indépendance des médias », selon Le Soleil. Libération détaille les griefs : absence de concertation réelle, inexistence d’un cadre formel de discussion sur le texte final et défaut de partage du projet avant son adoption en Conseil des ministres.
Tribune note que le CDEPS « se braque contre les excès du nouveau Conseil », tandis que Yoor-Yoor observe que le CNRM succède au CNRA « sous le feu des critiques » — un baptême du feu peu flatteur pour la nouvelle institution.
Affaire Madiambal Diagne : extradition autorisée, mais suspendue
Versailles distingue le journaliste de l’homme d’affaires
Les quotidiens reviennent longuement sur la décision rendue mardi par la Cour d’appel de Versailles. Yoor-Yoor titre : « Versailles autorise la remise de Madiambal pour crimes économiques », estimant que la justice française « opère une distinction fatidique entre la mission d’information du journaliste et les dérives reprochées à l’homme d’affaires ».
Rappelons que Madiambal Diagne est poursuivi par la justice sénégalaise pour association de malfaiteurs, escroquerie portant sur des deniers publics et blanchiment de capitaux dans le cadre d’un groupe criminel organisé, des faits aggravés par l’utilisation de facilités liées à l’exercice de son activité professionnelle. Il avait été placé sous contrôle judiciaire le 21 octobre 2025 après la transmission d’un mandat d’arrêt international à la France.
La défense contre-attaque, l’extradition suspendue
Malgré cet avis partiellement favorable, Le Quotidien précise que l’extradition reste pour l’heure suspendue. Les avocats du journaliste ont annoncé un pourvoi en cassation pour tenter de faire annuler « l’avis partiellement favorable des juges ». Le feuilleton judiciaire franco-sénégalais est donc loin de son épilogue.
Macky Sall à l’ONU : Dakar se démarque, les soutiens s’organisent
Le Sénégal n’a pas été associé à la démarche
Sud Quotidien rapporte les précisions du ministre de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères, Cheikh Niang : « Le Sénégal n’a pas été associé à cette démarche », en référence à la candidature portée par le président burundais Évariste Ndayishimiye, à la tête de l’Union africaine. Dakar prend ainsi officiellement ses distances avec une initiative continentale qui le place dans une position délicate vis-à-vis de son ancien chef d’État.
Les soutiens de Macky Sall contre-mobilisent
Pendant que le gouvernement se démarque, Vox Populi observe que « Macky Sall professe et ses soutiens se mobilisent ». La même publication rapporte que société civile, syndicats et partis politiques ont adressé des courriers au président Bassirou Diomaye Faye pour l’appeler à soutenir la candidature de son prédécesseur. Un lobbying intérieur qui met le chef de l’État dans une position de plus en plus inconfortable.
