Le prĂ©sident de l’Union des centristes du SĂ©nĂ©gal critique les tensions entre l’ExĂ©cutif et le LĂ©gislatif et propose une alternative centrĂ©e sur l’emploi, la production et le dĂ©veloppement territorial. En Casamance, il rĂ©clame la reprise de projets interrompus.
En tournĂ©e en Casamance, Abdoulaye BaldĂ© porte un regard sĂ©vĂšre sur l’Ă©tat institutionnel et Ă©conomique du SĂ©nĂ©gal. Le prĂ©sident de l’Union des centristes du SĂ©nĂ©gal (UCS) dĂ©nonce ce qu’il qualifie de « ping-pong institutionnel » â l’Ă©change perpĂ©tuel de coups entre l’ExĂ©cutif et le LĂ©gislatif â et appelle les responsables publics Ă retrouver une capacitĂ© de gouvernance centrĂ©e sur les prĂ©occupations rĂ©elles des populations.
C’est un positionnement clair : BaldĂ© se profile comme une alternative au chaos politique et Ă la paralysie administrative caractĂ©risĂ©e du gouvernement actuel.
« Tout simplement inacceptable » : critique frontale de la relation Exécutif-Législatif
InterrogĂ© par L’Observateur lors d’un dĂ©placement Ă Boutoupa Camaracounda, aprĂšs une visite Ă DjirĂ©dji, Abdoulaye BaldĂ© a exprimĂ© son jugement sans dĂ©tour sur les relations entre les pouvoirs publics. Il juge « tout simplement inacceptable » la relation actuelle entre l’ExĂ©cutif et le LĂ©gislatif.
Cette formulation n’est pas une critique passagĂšre. Elle signale une Ă©valuation fondamentale : les institutions du SĂ©nĂ©gal ne fonctionnent pas selon leurs principes de base. Une dĂ©mocratie qui fonctionne suppose une sĂ©paration des pouvoirs, non une confrontation permanente entre eux.
Baldé rappelle la répartition des rÎles constitutionnels :
- L’ExĂ©cutif gouverne
- Le LĂ©gislatif contrĂŽle l’action du Gouvernement et vote les lois
En contexte actuel, ces rĂŽles sont subordonnĂ©s Ă une logique d’affrontement politique permanent. Le rĂ©sultat : une paralysie gouvernementale oĂč aucune rĂ©forme majeure ne peut ĂȘtre mise en place sans bataille parlementaire.
Au-delĂ de la majoritĂ© vs. opposition : un appel Ă l’intĂ©rĂȘt national
BaldĂ© fait un pas de cĂŽtĂ© par rapport aux divisions politiques ordinaires. Il appelle à « dĂ©passer la logique d’affrontement entre majoritĂ© et opposition pour privilĂ©gier l’intĂ©rĂȘt national ».
C’est une critique implicite mais claire du gouvernement Diomaye-Sonko : vous ĂȘtes paralysĂ©s par votre propre division interne, vous ĂȘtes incapables de gouverner parce que vous vous affrontez les uns les autres, et pendant ce temps, les populations souffrent.
Pour Baldé, les vrais problÚmes sont ailleurs :
- Pouvoir d’achat en baisse
- Souffrances des populations (augmentation du chÎmage, précarité)
- ConsĂ©quences des inondations (destruction d’habitats, dĂ©placement de personnes)
Ces enjeux doivent mobiliser prioritairement les responsables publics, non les querelles de pouvoir.
Diagnostic économique : dégradation, manque de vision, gouvernance défaillante
Baldé décrit une situation économique dégradée. Il attribue cette dégradation à trois facteurs :
- Manque de vision â L’Ătat n’a pas de direction claire
- PrioritĂ©s mal dĂ©finies â Les ressources publiques ne sont pas allouĂ©es strategiquement
- Gouvernance dĂ©faillante â Les institutions ne fonctionnent pas correctement
Les manifestations concrÚtes de cette dégradation incluent :
- RĂ©duction de l’activitĂ© Ă©conomique
- Difficultés de paiement du secteur privé (le gouvernement doit des fonds aux entreprises)
- ArrĂȘt de certaines activitĂ©s du BTP (bĂątiment et travaux publics paralysĂ©s)
Le secteur du BTP est un indicateur clĂ© : quand les travaux publics s’arrĂȘtent, cela signifie que l’Ătat ne finance plus les projets d’infrastructure, ce qui crĂ©e une rĂ©action en chaĂźne de chĂŽmage et de rĂ©duction Ă©conomique.
L’alternative de l’UCS : production, PME, emploi des jeunes et femmes
Face à ce diagnostic, Baldé propose une alternative centrée sur :
- Soutien Ă la production nationale â Encourager les entreprises sĂ©nĂ©galaises Ă produire plutĂŽt que d’importer
- Soutien aux PME â Les petites et moyennes entreprises sont le moteur de l’emploi local
- AccĂšs au financement â Les entreprises ont besoin de crĂ©dits abordables pour investir et croĂźtre
- Industrialisation et transformation locale â PlutĂŽt que d’exporter des matiĂšres premiĂšres brutes, transformer les ressources localement pour crĂ©er de la valeur ajoutĂ©e
- CrĂ©ation d’emplois pour les jeunes et femmes â L’urgence sociale du SĂ©nĂ©gal est le chĂŽmage massif des jeunes
C’est une vision pragmatique : plutĂŽt que de dĂ©penser les ressources publiques en importations et en rentes, investir dans la production endogĂšne.
La Casamance : projets interrompus et visionnaire de développement territorial
BaldĂ© consacre une partie significative de son message aux rĂ©gions mĂ©ridionales. En tournĂ©e en Casamance, il rĂ©clame la reprise de projets de dĂ©veloppement qu’il prĂ©sente comme interrompus par le gouvernement actuel.
Les communes spécifiquement mentionnées sont :
- Marsassoum
- Djibabouya
- Bémet
- Djirédji
- Bambali
Pour ces zones, Baldé identifie des besoins critiques :
- Infrastructure â Routes, Ă©lectrification, eau potable
- Agriculture â AmĂ©lioration des techniques, irrigation, semences
- Transformation agroalimentaire â CrĂ©er de la valeur localement
- Tourisme â DĂ©velopper l’attraction touristique rĂ©gionale
- PĂȘche â AmĂ©liorer la productivitĂ© et les infrastructures portuaires
- NumĂ©rique â ConnectivitĂ©, accĂšs Ă internet pour les zones rurales
C’est une vision holistique du dĂ©veloppement territorial : reconnaĂźtre que chaque rĂ©gion a ses propres potentialitĂ©s et qu’il faut adapter les politiques Ă ces rĂ©alitĂ©s locales.
L’hommage Ă Sadio ManĂ© et le projet Bambali
BaldĂ© salue spĂ©cifiquement le projet lancĂ© par Sadio ManĂ© Ă Bambali. C’est un geste politique intĂ©ressant : reconnaĂźtre une initiative privĂ©e d’un athlĂšte cĂ©lĂ©bre comme modĂšle de dĂ©veloppement territorial.
Implicitement, BaldĂ© dit : mĂȘme les acteurs privĂ©s font preuve de plus de vision que le gouvernement.
La paix comme condition du développement
Baldé réaffirme que « la paix est une condition du développement ». En Casamance, région historiquement affectée par les tensions sécuritaires liées au Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC), ce message est politique.
Il signale : tant que la sĂ©curitĂ© n’est pas Ă©tablie, aucun dĂ©veloppement n’est possible.
Réponse aux inondations du 4 octobre : mobilisation Orsec
Suite aux fortes pluies du 4 octobre qui ont paralysĂ© Dakar, BaldĂ© exprime ses condolĂ©ances aux personnes affectĂ©es et appelle Ă une mobilisation rapide de l’Ătat.
Ses demandes spécifiques :
- Secours rapides aux personnes en difficulté
- Ăvacuation des zones exposĂ©es (zones Ă risque d’inondation chronique)
- Accompagnement des familles sinistrées
- Déclenchement du plan Orsec (plan gouvernemental de réponse aux catastrophes)
C’est une critique implicite : le gouvernement n’a pas rĂ©agi assez vite aux inondations. BaldĂ© appelle Ă une mobilisation d’urgence.
Positionnement électoral : opposition organisée + ambition présidentielle
Sur le plan Ă©lectoral, BaldĂ© confirme que l’UCS « reste dans l’opposition et participe au Front pour la dĂ©fense de la RĂ©publique ». Ce Front est une coalition d’opposition qui regroupe plusieurs partis critiques du gouvernement Pastef-Sonko.
Cependant, BaldĂ© ne ferme pas la porte Ă des discussions plus larges : « Des discussions sont en cours pour constituer un cadre politique et Ă©lectoral plus large ». Cela signifie que l’UCS pourrait se joindre Ă d’autres coalitions ou mouvements politiques pour crĂ©er une alternative crĂ©dible au gouvernement.
Pour les Ă©lections locales, BaldĂ© dĂ©fend « la libertĂ© des responsables territoriaux de choisir des alliances adaptĂ©es, dans le respect des valeurs de l’UCS ». Traduction : l’UCS ne sera pas rigide dans ses alliances. Si un maire local trouve plus utile de s’allier avec un autre partenaire politique, l’UCS l’acceptera tant que les valeurs centristes sont respectĂ©es.
L’ambition prĂ©sidentielle : positionnement 2028
Le quotidien L’Observateur rappelle « son ambition de briguer la prĂ©sidence de la RĂ©publique ». BaldĂ© n’a pas exprimĂ© cette ambition dans l’entretien lui-mĂȘme (selon le texte rapportĂ©), mais il est clair qu’elle demeure.
Cela situe Baldé dans une trajectoire présidentielle. Il se profile comme une alternative centriste à :
- La majorité Pastef-Sonko (trop radicale, paralysée)
- Les autres figures de l’opposition (potentiellement trop fragiles ou trop polarisantes)
đ ANALYSE POLITIQUE SOUS-JACENTE
Cet article de BaldĂ© doit ĂȘtre compris dans le contexte plus large :
1. La majoritĂ© se dĂ©lite â Tensions Diomaye-Sonko, blocs institutionnels, rĂ©formes paralysĂ©es. Des leaders comme BaldĂ© voient une opportunitĂ© d’Ă©merger comme alternative.
2. L’opposition s’organise â Front pour la dĂ©fense de la RĂ©publique, discussions pour un cadre plus large. C’est une tentative de crĂ©er une coalition d’opposition viable.
3. Espace pour le centrisme â Avec la polarisation croissante, des positions centristes (pragmatiques, orientĂ©es vers l’emploi et la production) peuvent trouver un Ă©lectorat. BaldĂ© se positionne comme le centriste viable.
4. RĂ©appropriation des enjeux locaux â En se concentrant sur la Casamance et sur les projets interrompus, BaldĂ© cherche Ă construire une base Ă©lectorale rĂ©gionale.
5. Profilation prĂ©sidentielle â BaldĂ© se prĂ©pare clairement pour 2028.
