Abdou Mbow (APR) met en garde contre utilisation abusive du pouvoir d’enquĂȘte parlementaire. CESE et HCCT = institutions constitutionnelles Ă©gales Ă  l’AN. EnquĂȘter sur elles viole sĂ©paration des pouvoirs. Critique Sonko pour “rĂšglements de comptes”. Enjeu : limites du contrĂŽle dĂ©mocratique vs tyrannie de la majoritĂ©.

Le dĂ©putĂ© Abdou Mbow a Ă©mis une critique constitutionnelle majeure contre les commissions d’enquĂȘte parlementaires actuellement en cours. Dans une dĂ©claration Ă  la rĂ©daction, il interroge la lĂ©galitĂ© des enquĂȘtes de l’AssemblĂ©e nationale sur le CESE (Conseil Ă©conomique, social et environnemental) et le HCCT (Haut Conseil des collectivitĂ©s territoriales).

C’est une question de droit constitutionnel au cƓur de la gouvernance sĂ©nĂ©galaise : oĂč s’arrĂȘte le droit de contrĂŽle du parlement ? À partir de quel moment devient-il abus de pouvoir ?

Le cƓur de l’argument : violation de la sĂ©paration des pouvoirs

Abdou Mbow pose une question fondamentale : « Comment une institution peut-elle aller fouiller au niveau d’autres institutions de la RĂ©publique ? »

Cet énoncé résume toute son objection. Elle porte sur un principe de droit constitutionnel : la séparation des pouvoirs.

En droit constitutionnel classique (Montesquieu, etc.), il y a trois pouvoirs :

  1. LĂ©gislatif — L’AssemblĂ©e, qui vote les lois
  2. ExĂ©cutif — Le Gouvernement, qui exĂ©cute les lois
  3. Judiciaire — Les tribunaux, qui appliquent les lois

Mais le SĂ©nĂ©gal a aussi créé d’autres institutions constitutionnelles :

  • CESE — Organe de concertation Ă©conomique/sociale/environnementale
  • HCCT — Organe de concertation entre État et collectivitĂ©s territoriales

Ces deux institutions ont Ă©tĂ© créées par rĂ©vision constitutionnelle — ce qui les place au mĂȘme rang que d’autres institutions d’État.

L’argument de Mbow :

Si l’AN enquĂȘte sur le CESE, elle viole la sĂ©paration des pouvoirs. Pourquoi ?

Parce que :

✓ CESE est une institution constitutionnelle autonome
✓ AN n’a pas de droit de supervision sur elle
✓ EnquĂȘter c’est imposer pouvoir d’un sur l’autre
✗ Cela rompt l’équilibre entre institutions

C’est diffĂ©rent d’enquĂȘter sur le Gouvernement (rĂŽle classique AN). Le Gouvernement est hiĂ©rarchiquement “en-dessous” du Parlement. Le CESE ne l’est pas.

La mission constitutionnelle de l’AssemblĂ©e nationale — et ses limites

Abdou Mbow Ă©numĂšre les missions constitutionnelles de l’AN :

  1. Voter seule la loi — Pouvoir lĂ©gislatif (monopole AN)
  2. ContrĂŽler l’action du gouvernement — Question, dĂ©bat, censure
  3. ReprĂ©senter le peuple — Élus du suffrage universel
  4. Évaluer les politiques publiques — Audit, rapports

Mais Mbow souligne : « Cela n’inclut pas enquĂȘter sur d’autres organes. »

Il oppose donc :

Missions légitimes :

  • ContrĂŽler Gouvernement ✓
  • Voter lois ✓
  • ReprĂ©senter peuple ✓
  • Évaluer politiques ✓

Missions illégitimes :

  • EnquĂȘter sur CESE ✗
  • EnquĂȘter sur HCCT ✗
  • Fouiller dans affaires d’institutions constitutionnelles Ă©gales ✗

La critique envers Ousmane Sonko : utilisation politique du contrĂŽle

Abdou Mbow ne cache pas sa cible politiquement. Il critique le prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale, Ousmane Sonko (leader du Pastef, au pouvoir).

Mbow reproche Ă  Sonko d’avoir annoncĂ© une enquĂȘte sur les fonds spĂ©ciaux du CESE et HCCT pour la pĂ©riode 2012-2026.

C’est une longue pĂ©riode — depuis bien avant l’arrivĂ©e du Pastef au pouvoir. Pourquoi chercher si loin en arriĂšre ?

Mbow interprĂšte cela comme une utilisation politique du contrĂŽle parlementaire. Il dit :

« L’AssemblĂ©e utilise le contrĂŽle parlementaire comme un instrument contre ses adversaires politiques. »

Il va plus loin : « La RĂ©publique ne peut devenir le théùtre de votre volontĂ© de rĂšglements de comptes » — s’adressant implicitement Ă  Sonko.

C’est une accusation grave : l’AssemblĂ©e au pouvoir utilise ses pouvoirs d’enquĂȘte non pour l’intĂ©rĂȘt public, mais pour punir ses adversaires.

Le calendrier : 2012-2026 est suspect

La pĂ©riode couverte par l’enquĂȘte (2012-2026) est rĂ©vĂ©latrice :

  • 2012-2024 = Ère Macky Sall (ancien prĂ©sident)
  • 2024-2026 = Ère Bassirou Diomaye Faye / Pastef

Donc si l’enquĂȘte cherche “malveillance” ou “dĂ©tournements”, elle cible principalement :

  1. L’administration Sall (opposition maintenant)
  2. Les leaders CESE/HCCT sous Sall (probablement liens APR/autres partis opposition)

C’est politiquement chargĂ©. Mbow voit ça comme une vengeance post-Ă©lectorale.

L’invocation de la Loi organique et du RĂšglement intĂ©rieur

Abdou Mbow conclut en invoquant des documents formels : la Loi organique de l’AssemblĂ©e et son RĂšglement intĂ©rieur.

Il dĂ©clare : « L’AssemblĂ©e est rĂ©gie par une loi organique, son RĂšglement intĂ©rieur, qu’il refuse de voir piĂ©tinĂ©. »

C’est un appel Ă  la primautĂ© du droit. Il dit : respectez les rĂšgles qu’on s’est donnĂ©es, mĂȘme si politiquement c’est inconfortable.

Contexte politique plus large

Cet argument intervient dans un contexte de tensions ExĂ©cutif-LĂ©gislatif signalĂ©es tout l’automne 2026 au SĂ©nĂ©gal :

  • Blocages budgĂ©taires
  • Opposition fragmentĂ©e mais active
  • Gouvernement impatient
  • Parlement cherchant Ă  affirmer son rĂŽle

L’enquĂȘte sur CESE/HCCT peut ĂȘtre vue comme :

Vue gouvernementale : « Nous nettoyons les institutions de la corruption antérieure »
Vue opposition : « Vous utilisez enquĂȘte pour punir vos adversaires »

Les contre-arguments au problÚme posé par Mbow

Il est juste de noter que des contre-arguments existent :

Argument pro-enquĂȘte :

  1. Accountability — MĂȘme institutions constitutionnelles doivent rendre compte
  2. Fonds publics — Si CESE/HCCT reçoivent budget État, AN a droit vĂ©rifier
  3. “Fonds spĂ©ciaux” — Ces fonds peuvent ĂȘtre opaques, nĂ©cessitent surveillance
  4. IntĂ©rĂȘt public — Corruption au CESE/HCCT doit ĂȘtre enquĂȘtĂ©e

Argument Mbow :

  1. SĂ©paration pouvoirs — Institutions Ă©gales, pas supervision mutuelle
  2. Abus politique — EnquĂȘte peut ĂȘtre prĂ©texte rĂšglements comptes
  3. Confiance institutionnelle — EnquĂȘtes fragilisent institutions
  4. MinoritĂ© protection — MajoritĂ© ne doit pas persĂ©cuter minoritĂ©

Juridiquement, c’est un cas d’école de tension entre :

✓ DĂ©mocratie requiert contrĂŽle publique (fonds publics = surveillance)
✓ État de droit requiert respect des institutions (pas d’enquĂȘte punitive)

Conséquences probables

Cette critique de Mbow pourrait avoir des effets :

  1. DĂ©bat constitutionnel — AN pourrait reconsidĂ©rer mandate des enquĂȘtes
  2. Appui opposition — Autres partis pourraient rejoindre critique
  3. Recours juridique — CESE/HCCT pourraient contester lĂ©galitĂ© enquĂȘtes en justice
  4. Bailleurs internationaux — FMI/partenaires pourraient s’inquiĂ©ter de politisation

Conclusion : un enjeu majeur de gouvernance sénégalaise

L’objection d’Abdou Mbow pose une question centrale : jusqu’oĂč s’étend le droit de contrĂŽle du parlement ?

C’est un dĂ©bat que tous les pays dĂ©mocratiques affrontent. La rĂ©ponse dĂ©pend de oĂč on trace la ligne entre :

  • Surveillance dĂ©mocratique (bonne)
  • Tyrannie de la majoritĂ© (mauvaise)

À suivre.

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