C’est un séisme financier qui secoue la place de Dakar. La Section de recherches de Colobane vient de mettre fin aux activités d’un réseau de blanchiment de capitaux d’une sophistication rare. Impliquant un ancien cadre de la Bank of Africa (BOA) et une quinzaine de complices aux profils hétéroclites, ce cartel aurait injecté plus d’un milliard de francs CFA dans l’économie sénégalaise via des circuits occultes.

Dakar, Sénégal – L’enquête, révélée par le quotidien L’Observateur, dévoile les dessous d’une opération d’envergure internationale. Au cœur du système : un ancien responsable des opérations internationales de la Bank Of Africa. Profitant de sa maîtrise parfaite des rouages bancaires et des transferts de fonds transfrontaliers, il est présenté comme le cerveau de cette architecture criminelle.

Un « casting » hétéroclite pour un système opaque

Ce qui stupéfie les enquêteurs, c’est la diversité des 16 personnes déférées devant le 5e cabinet d’instruction du Pool judiciaire financier. Le réseau ne se limitait pas aux cercles financiers habituels. On y retrouve :

  • Un fiscaliste et un administrateur civil (pour la caution administrative) ;
  • Des agents administratifs ;
  • Plus surprenant encore : un artiste comédien et un docteur vétérinaire.

Cette pluralité de profils suggère une organisation capable d’infiltrer tous les pans de la société pour dissimuler l’origine illicite des fonds.

Le mode opératoire : Justifications fictives et retraits rapides

Le montant du préjudice est colossal : 1 milliard 67 millions de francs CFA. Selon les éléments de l’enquête, ces fonds étaient transférés depuis l’étranger vers des comptes locaux. Pour tromper la vigilance des systèmes de contrôle (Sama-Res ou CENTIF), les suspects produisaient de fausses justifications économiques.

Une fois l’argent crédité, il était immédiatement retiré en espèces puis redistribué à travers des circuits de « lavage » pour brouiller toute traçabilité. Les investigations ont permis de localiser des points de chute stratégiques à Keur Massar, Tivaouane et Rufisque, où l’argent était soit thésaurisé, soit réinjecté dans l’économie réelle.

Vers des ramifications internationales ?

Si le Pool judiciaire financier a déjà placé les principaux suspects sous mandat de dépôt, l’affaire est loin d’être close. La dimension internationale des virements laisse présager l’existence de complices à l’étranger. La Section de recherches poursuit ses investigations pour identifier l’origine réelle de cette manne financière et débusquer d’éventuels autres « dormants » du réseau.

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