La guerre de positionnement atteint son paroxysme au Sénégal. Au lendemain de l’installation d’Ousmane Sonko au perchoir de l’Assemblée nationale et à l’heure où le nouveau Premier ministre, Al Aminou Lô, s’attelle à composer son équipe, le Comité exécutif (COMEX) du PASTEF est sorti du silence ce mercredi 27 mai 2026. À travers un communiqué au ton particulièrement ferme, le parti majoritaire confirme avoir été approché par le Palais, mais refuse de signer un chèque en blanc au Président Bassirou Diomaye Faye, en lui imposant un catalogue de conditions strictes.
📞 Des consultations individuelles rejetées par le parti
Le communiqué du COMEX confirme les coulisses de Conseils tendus et les manœuvres du Palais de la République pour contourner la direction du parti. La Présidence a directement contacté « certains membres » de PASTEF pour les inviter à des consultations ministérielles.
La réplique de la direction du parti a été immédiate et sans concession sur la forme :
- Un cadre unique : PASTEF exige que les négociations se fassent exclusivement avec « le cadre institutionnel habilité du parti » (la direction politique officielle) et non de manière bilatérale avec des personnalités isolées.
- La menace de sanctions : Dans une mise en garde à peine voilée visant à bloquer toute tentative de débauchage par le président Diomaye Faye, le COMEX avertit que « tout militant du Parti qui s’y rendra aura agi à titre personnel », s’exposant ainsi à une rupture de ban avec l’appareil dirigé par Ousmane Sonko.
📋 Les 7 exigences incontournables de PASTEF
Tout en se disant disponible à accompagner le Chef de l’État dans le cadre d’une « collaboration franche et responsable », PASTEF, fort de son statut de parti majoritaire à l’hémicycle, subordonne sa participation au futur attelage d’Al Aminou Lô à sept lignes rouges programmatiques :
| Domaine d’exigence | Contenu de la conditionnalité imposée au Palais |
| Idéologie | La fidélité absolue au programme originel ayant conduit à la victoire de mars 2024. |
| Finances publiques | La clarification immédiate de la trajectoire et de la gestion de la dette souveraine. |
| Social | Le blocage strict des mesures de hausse du coût de la vie et la défense du pouvoir d’achat. |
| Souveraineté | La poursuite sans fléchissement de la renégociation des contrats stratégiques (mines, hydrocarbures). |
| Gouvernance | La lutte sans concession contre la corruption et le contrôle rigoureux des « fonds opaques ». |
| Justice | Une co-gestion et un suivi strict des affaires judiciaires brûlantes en cours. |
| Pouvoir | Une clé de répartition équitable et stratégique des portefeuilles ministériels. |
📉 Analyse : Vers une crise de régime ou un compromis forcé ?
Cette sortie du COMEX donne une résonance directe à la punchline lancée par Ousmane Sonko depuis son perchoir : « On ne peut pas faire du PASTEF sans le PASTEF ». En posant des conditions aussi lourdes, qui touchent tant aux portefeuilles qu’à la gestion de la dette ou de la justice, le parti tente d’encadrer étroitement l’action du président Diomaye Faye et de son Premier ministre.
Si le Président cède à ces exigences, il accepte de gouverner sous la tutelle politique de l’Assemblée. S’il les rejette et compose son gouvernement avec des technocrates et des non-alignés, il s’expose à un blocage budgétaire et à une motion de censure de la part de sa propre majorité parlementaire. Le Sénégal marche sur un fil.
