L’ancien président de la Fédération sénégalaise de football (FSF), Augustin Senghor, sort du silence sur l’affaire CAN 2025. Dans un entretien accordé à L’Observateur, l’avocat et ancien dirigeant sportif livre une analyse sans concession sur les dysfonctionnements qui minent selon lui la Confédération africaine de football depuis plusieurs années, pointant une crise de gouvernance profonde que l’arrivée de Patrice Motsepe n’a pas résolue.


« Depuis le départ d’Hayatou, on n’arrive pas à redresser la barre »

Pour Augustin Senghor, la décision du jury d’appel de la CAF de retirer le titre de champion d’Afrique 2025 au Sénégal pour l’attribuer au Maroc sur tapis vert n’est pas un accident isolé. Elle est le symptôme d’une institution à la dérive. « Les problèmes sont multiples », dénonce-t-il. « Au niveau de la gouvernance, on a des problèmes. La gouvernance administrative : ces nominations, ces révocations qui ont cours actuellement à la CAF et que personne ne maîtrise. On n’a pas une politique claire en ce qui concerne l’orientation que nous devons donner. »

L’avocat sénégalais va jusqu’à regretter l’ère du Camerounais Issa Hayatou, qui a dirigé la CAF d’une main de fer pendant près de trente ans, de 1988 à 2017. « Depuis le départ du président Hayatou, on n’arrive pas à redresser la barre, au point que la FIFA est souvent à nos côtés dans beaucoup de domaines », déplore-t-il — une formulation qui sous-entend que l’instance mondiale est régulièrement contrainte d’intervenir pour suppléer aux carences de la confédération africaine.


Une succession chaotique à la tête de la CAF

Le diagnostic d’Augustin Senghor s’appuie sur une réalité historique difficile à contester. Après le long règne d’Issa Hayatou, la CAF a traversé une période de turbulences inédites. Le Malgache Ahmad Ahmad, élu en 2017, avait été suspendu par la FIFA en 2020 pour corruption et malversations financières, avant d’être définitivement écarté. Le Congolais Constant Omari avait assuré un bref intérim avant que le Sud-Africain Patrice Motsepe soit élu en 2021.

Depuis lors, la CAF a multiplié les décisions contestées et les crises institutionnelles : réformes à répétition des formats de compétitions, scandales arbitraux, limogeages inexpliqués au sein des organes judiciaires — dont celui du Djiboutien Acine Othman Robleh, président de la commission disciplinaire écarté début mars, quelques jours seulement avant la décision favorable au Maroc.


Une voix qui compte dans le débat continental

Le témoignage d’Augustin Senghor n’est pas celui d’un observateur extérieur. Président de la FSF de 2009 à 2023, il a siégé au sein des instances de la CAF pendant plus d’une décennie, participant aux élections et aux débats internes qui ont façonné l’institution actuelle. Sa parole, celle d’un initié désormais libre de s’exprimer, donne une profondeur particulière à cette critique.

Elle rejoint un concert de voix de plus en plus nombreuses à travers le continent pour réclamer une réforme en profondeur de la gouvernance du football africain — une réforme que l’affaire CAN 2025 pourrait, paradoxalement, contribuer à accélérer si le TAS venait à infirmer la décision du jury d’appel.

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