Le Premier ministre Ousmane Sonko a dressé mercredi, lors du Conseil des ministres, un diagnostic sans complaisance du marché de l’emploi au Sénégal. Faible qualification des ressources humaines, inadéquation entre formation et emploi, dispositifs de financement inefficaces : les maux sont connus. La réponse du gouvernement passe par une « grande coalition pour l’emploi », la réforme du Code du travail et le développement des agropoles et des filières stratégiques.
Un marché de l’emploi structurellement défaillant
Prenant la parole devant les membres du gouvernement, Ousmane Sonko a mis en exergue « le faible niveau de qualification des ressources humaines », qu’il impute à trois facteurs combinés : l’insuffisance de l’offre de formation, la faiblesse des activités des entreprises et la valorisation insuffisante de secteurs à fort potentiel pourvoyeurs d’emplois.
Le constat est sévère mais lucide. Le Premier ministre a également pointé « l’inadéquation entre la formation et l’emploi, la faible employabilité, l’inefficacité du dispositif de financement, d’encadrement et d’accompagnement, ainsi que les contraintes liées au Code du travail ». Des maux structurels qui alimentent ce qu’il qualifie de « crises cycliques » du secteur, générées principalement par le problème chronique d’insertion des demandeurs d’emploi.
Ce diagnostic rejoint les conclusions de nombreuses études internationales sur le marché du travail en Afrique subsaharienne. Selon la Banque mondiale, le Sénégal doit créer entre 200 000 et 300 000 emplois par an pour absorber les nouveaux entrants sur le marché du travail — un défi colossal dans un contexte de croissance démographique soutenue.
Agropoles, infrastructures et filières stratégiques comme leviers
Pour Ousmane Sonko, le renouveau de l’emploi repose sur quatre piliers : le développement des filières stratégiques, la relance des travaux d’infrastructures, la mise en place des agropoles et le développement du tissu industriel. Une vision qui s’inscrit dans la continuité de la stratégie économique portée par le gouvernement, axée sur la transformation locale des ressources nationales et la réduction de la dépendance aux importations.
Des projets de travaux à haute intensité de main-d’œuvre seront également déployés, accompagnés d’actions de développement de l’emploi local dans les pôles-territoires — une approche décentralisée qui vise à créer des opportunités économiques hors de la seule région de Dakar, qui concentre aujourd’hui l’essentiel de l’activité économique formelle du pays.
Une « grande coalition pour l’emploi » en gestation
L’annonce la plus marquante de cette séquence au Conseil des ministres est sans doute la création prochaine d’une « grande coalition pour l’emploi », dont les contours restent encore à préciser. Cette initiative, rapportée par la porte-parole du gouvernement Marie Rose Faye, vise à fédérer autour d’un projet commun l’État, les employeurs, les syndicats et les acteurs de la formation professionnelle.
En parallèle, le gouvernement s’est engagé sur plusieurs chantiers législatifs et organisationnels : finalisation et adoption d’une loi d’orientation sur l’emploi, réforme du Code du travail et de la sécurité sociale, renforcement de la Convention nationale État-employeurs, rationalisation des structures chargées de la promotion de l’emploi et développement de l’apprentissage et de la formation duale.
La formation professionnelle, chaînon manquant du dispositif
L’un des axes forts du discours de Sonko concerne le renforcement des liens entre emploi et formation. Un défi que le Sénégal peine à relever depuis des décennies : les centres de formation professionnelle manquent de moyens, les certifications sont peu reconnues par les entreprises et les filières d’excellence restent concentrées à Dakar. Le développement de la formation duale — combinant apprentissage en entreprise et formation théorique — est présenté comme une piste sérieuse pour combler ce fossé, sur le modèle allemand ou suisse qui fait ses preuves dans de nombreux pays en développement.
« La gestion durable de l’emploi est essentielle dans la vie économique et sociale de la nation », a conclu le Premier ministre, affirmant la volonté du gouvernement de « garantir à chaque Sénégalais la possibilité d’accéder à un emploi décent et durable ».
