Le Sénégal s’enfonce heure par heure dans un imbroglio juridique et politique sans précédent. Alors que le pays navigue à vue sans Premier ministre et sans gouvernement, l’Assemblée nationale est devenue le théâtre d’une guerre de tranchées. Une plénière cruciale a été convoquée pour ce mardi 26 mai 2026 à 9 heures avec un double objectif explosif : acter la réintégration d’Ousmane Sonko comme député et l’élire au perchoir. Une manœuvre d’urgence immédiatement qualifiée de « forfaiture » et d’illégalité par plusieurs experts et partis de l’opposition.

L’ordre du jour de la discorde : Une plénière sous haute tension

Selon un communiqué officiel signé par Ismaïla Diallo, les députés sont attendus à l’hémicycle ce mardi matin. Le document ne cache pas ses ambitions et affiche un ordre du jour qui sonne comme un défi direct au président Bassirou Diomaye Faye :

  1. La réintégration du député Ousmane Sonko au sein de l’hémicycle.
  2. L’élection du nouveau Président de l’Assemblée nationale pour remplacer El Malick Ndiaye, démissionnaire 24 heures plus tôt.

Pour le parti Alternative pour la Relève Citoyenne (ARC) d’Anta Babacar Ngom, le masque vient de tomber. Dans un communiqué au ton très dur, le Bureau politique de l’ARC condamne la démission d’El Malick Ndiaye, la qualifiant de « véritable forfaiture » et de « manœuvre orchestrée pour céder le fauteuil à Ousmane Sonko ». Le parti accuse le régime de PASTEF de s’enfoncer dans une « logique de manipulation des textes » et s’inquiète d’une « insécurité institutionnelle totale ».

Pourquoi la plénière de ce mardi est illégale selon Tafsir Thioye

Intervenant en urgence sur les antennes de la Sen TV, le parlementaire Tafsir Thioye, l’un des rédacteurs historiques du règlement intérieur de l’Assemblée nationale, a tiré la sonnette d’alarme : la séance de ce mardi ne peut légalement pas se tenir.

S’appuyant sur l’article 15 du règlement intérieur, le spécialiste liste trois graves irrégularités qui vicient la procédure :

  • La caducité de la convocation : La Conférence des présidents a été convoquée par El Malick Ndiaye avant sa démission. Or, du fait de son départ, toutes ses décisions sont juridiquement caduques. C’était au premier vice-président de constater la vacance, d’en informer le Bureau, puis de convoquer une nouvelle Conférence des présidents. Rien de tout cela n’a été fait.
  • Le calendrier invalide : La réunion de préparation s’est tenue un jour férié, ce que les textes proscrivent pour ce type de procédure d’urgence.
  • L’exclusion des non-inscrits : Le représentant du groupe des députés non-inscrits était absent de cette rencontre, violant le principe de représentativité obligatoire de l’institution.

« Le cumul de ces manquements suffit à vicier l’ensemble du processus. Tenir la plénière ce mardi serait un vice de procédure caractérisé », tranche Tafsir Thioye.

Le verdict des experts : Le retour de Sonko reste juridiquement impossible

Au-delà de la forme, le fond du dossier se heurte à la lettre même de la loi sénégalaise. Les anciens parlementaires Cheikhou Oumar Sy et Théodore Chérif Monteil sont formels : Ousmane Sonko ne peut plus siéger.

En combinant les articles 123 et 132 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale, les deux experts rappellent la règle d’or de la séparation des pouvoirs :

  • L’incompatibilité immédiate : Ousmane Sonko était déjà Premier ministre lorsqu’il a été élu député en 2024. Dans ce cas précis, la loi lui accordait 8 jours pour choisir. En restant à la Primature, il a automatiquement et définitivement renoncé à son mandat.
  • Le suppléant est titulaire : « Le suppléant n’est pas un remplaçant temporaire, il devient titulaire définitif du siège pour toute la législature », précise Monteil. L’article 56 de la Constitution, qui permet à un député devenu ministre de retrouver son siège, ne s’applique pas à Sonko puisqu’il a fait le chemin inverse (il était ministre avant d’être élu).

Le Sénégal dans une zone de turbulences inédite

Ce mardi 26 mai s’annonce comme une journée de vérité pour la démocratie sénégalaise. En tentant d’imposer le retour d’Ousmane Sonko au mépris des alertes juridiques, la majorité parlementaire de PASTEF engage un bras de fer total avec l’appareil judiciaire et le Palais de la République. Le pays retient son souffle face à ce qui s’apparente à la plus grave crise institutionnelle de son histoire moderne.

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