Agent de cette maison depuis plus de vingt ans, c’est avec une profonde inquiétude que j’observe les stratégies actuellement déployées par la Direction générale face aux revendications des syndicats et des travailleurs. La situation est devenue pathétique. Il est urgent d’enrayer cette hémorragie avant qu’il ne soit trop tard.

Les vidéos-réponses du Directeur général, diffusées récemment, sont à la fois chaotiques et révélatrices. Elles posent un sérieux problème, tant sur la forme que sur le fond.


1. Sur la forme : une gestion solitaire et désordonnée

Sur la forme, ces prises de parole traduisent une incapacité manifeste à gérer une entreprise publique de cette envergure. Aucun des précédents Directeurs généraux de la RTS — pour la plupart journalistes chevronnés — n’avait jugé utile, en période de crise sociale ou syndicale, de s’exposer ainsi dans des vidéos interminables, au point de se perdre dans les interlocuteurs, les sujets et parfois même les combats à mener.

Ces « vidéos-réponses » mettent en lumière deux failles majeures.

▪ Une volonté d’omniprésence préoccupante

Le Directeur général semble vouloir être l’alpha et l’oméga de tout : stratégie, opérations, politique éditoriale, couverture sportive, lancement de chaînes, programmes événementiels, CAN, gestion des antennes, conception de contenus, etc.
En monopolisant la parole et la réflexion, il étouffe ses collaborateurs et marginalise les travailleurs. Or, le management moderne repose sur la délégation, la confiance et une organisation stratégique, non sur l’hyperactivité d’un seul homme.
Ses prédécesseurs, pourtant plus éloquents, s’appuyaient au minimum sur des cellules de communication structurées, évitant ainsi de s’exposer aussi maladroitement.

▪ Une incapacité manifeste au dialogue social

Plutôt que de dialoguer avec les syndicats, le Directeur général choisit l’ignorance, voire la censure, transformant toute revendication en polémique publique.
Il faut rappeler une évidence : les syndicats exercent un droit légal, d’autant plus qu’ils n’ont pas été reçus malgré leurs demandes.
S’adresser systématiquement à l’opinion publique lorsque les syndicats prennent la parole revient à adopter la posture d’un père de famille dépassé, appelant à l’arbitrage extérieur. Lorsqu’un Directeur général considère le dialogue social comme une équation insoluble, il est légitime de douter sérieusement de ses compétences managériales.


2. Sur le fond : confusion, diversion et manque de rigueur

Dans sa première vidéo, la réponse relative au prétendu « deuxième bureau » relève d’une tentative de manipulation qui a heureusement échoué et ne mérite pas davantage d’attention.

En revanche, la seconde vidéo, consacrée au nouveau bâtiment de la RTS, appelle plusieurs observations, tant elle s’apparente à une stratégie de diversion.

▪ Une obsession injustifiée autour du bâtiment

À chaque intervention sur ce sujet, le Directeur général insiste lourdement sur le coût de l’infrastructure et sur l’avenant en cours, au point de laisser planer le soupçon d’un scandale financier.
Or, malgré l’audit annoncé — ou réalisé — aucune irrégularité, aucun chiffre, aucun résultat précis n’est communiqué.
Que cherche-t-il donc à démontrer ?
– L’avenant ? L’État s’est déjà engagé à achever les travaux avant les JOJ.
– L’inauguration avant achèvement ? Cela relève désormais du passé.

Il est surtout essentiel de rappeler que les travailleurs présents lors de cette inauguration n’en étaient nullement les initiateurs. Cette décision fut exclusivement politique, prise par le Président de la République de l’époque, avec la complicité active du Directeur général alors en fonction.
Il en va d’ailleurs exactement de même pour le lancement récent de la nouvelle version de RTS2, qui relève davantage de la volonté d’un homme que d’une vision collective.

▪ Une démarche peu rigoureuse et peu transparente

Si l’objectif était réellement de montrer l’état du bâtiment avec transparence, un plan-séquence continu, sans montage, aurait été plus crédible : visite étage par étage, en temps réel, avec un commentaire pédagogique.
Tout professionnel de l’audiovisuel sait que le montage est par nature subjectif, puisqu’il sélectionne ce que l’on veut montrer. Les nombreuses répétitions d’images observées confirment cette faiblesse méthodologique.

Plus grave encore, la vidéo ne fournit aucune donnée chiffrée :
– aucun taux d’exécution,
– aucun pourcentage d’avancement,
– aucune ventilation par étage ou par lot.

Sans ces éléments, l’opinion ne peut se forger un jugement éclairé.


En conclusion

Lier l’avenant de financement du nouveau bâtiment à l’accord d’entreprise relève soit d’un grave manque de discernement, soit d’une manipulation, soit d’une méconnaissance profonde des mécanismes de gouvernance.
Il convient de rappeler, avec clarté, que le financement du nouveau bâtiment est intégralement pris en charge par l’État du Sénégal, en relation avec l’AGETIP et le CSE.

La RTS mérite mieux qu’une gestion improvisée et une communication défensive. Elle mérite du dialogue, de la rigueur et du leadership.

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