Le Sénégal a honoré ses échéances de mars 2026, mais au prix d’une série d’opérations financières intenses sur le marché régional des titres publics. En l’espace d’une semaine, le Trésor public a mobilisé au moins 268,2 milliards de FCFA. Des levées de fonds marquées par une prédominance de maturités très courtes et des adjudications hors calendrier qui inquiètent les économistes.


Trois opérations en une semaine pour tenir les engagements

Entre le 9 et le 13 mars 2026, le Trésor public sénégalais a multiplié les interventions sur le marché de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA-Titres), la plateforme régionale qui centralise les émissions de titres publics des États membres de l’UEMOA.

Le 9 mars, une première opération a permis de lever 108,2 milliards de FCFA, répartis entre un Bon assimilable du Trésor (BAT) de 364 jours pour 22,4 milliards et une Obligation assimilable du Trésor (OAT) de trois ans pour 85,8 milliards. Le même jour, une seconde adjudication a permis d’engranger 50 milliards supplémentaires, exclusivement sur un BAT à 364 jours.

Quatre jours plus tard, le 13 mars, une troisième opération a été bouclée pour 110 milliards de FCFA via un BAT de 350 jours. Cette émission a suscité 149 milliards de soumissions — soit un taux de couverture de 149% — en provenance principalement de la Côte d’Ivoire (59,3 milliards), du Sénégal (49,6 milliards) et du Bénin (929 millions).


Un choix troublant : les OAT longues rejetées malgré les offres

L’une des décisions les plus intrigantes de cette séquence concerne le rejet, lors de l’adjudication du 9 mars, de 31,9 milliards de FCFA proposés sur des OAT à trois et cinq ans. Le Trésor a préféré n’accepter que les bons à court terme, laissant de côté des financements à plus longue maturité pourtant disponibles.

Pour le Professeur Amath Ndiaye, économiste spécialiste des finances publiques, ce choix est révélateur. « Les 50 milliards retenus l’ont été exclusivement sur les BAT à 364 jours, alors que les OAT à 3 ans et 5 ans n’ont enregistré aucune retenue, malgré des offres existantes. Cela signifie que le financement obtenu s’est fait uniquement à court terme, ce qui accentue le risque de refinancement pour l’État », alerte-t-il.

En d’autres termes, en privilégiant des instruments à maturité courte, l’État s’oblige à revenir très rapidement sur les marchés pour refinancer ces emprunts — une stratégie qui fragilise davantage la trajectoire budgétaire si les conditions de marché se dégradent.


Des adjudications hors calendrier : signe de tension de trésorerie

Ce qui préoccupe également les spécialistes, c’est que ces opérations ont été conduites en dehors du calendrier initialement soumis à UMOA-Titres. Or, dans la logique des marchés financiers, une adjudication non planifiée est généralement interprétée comme un signal de tension de liquidité, révélant un besoin pressant de mobilisation rapide de fonds.

Le Pr. Ndiaye va plus loin dans son analyse. Selon lui, « si le Sénégal continue d’accéder aux financements, les conditions deviennent de plus en plus prudentes » et « plusieurs signaux indiquent un affaiblissement progressif de la confiance des investisseurs ». Un avertissement sérieux pour un pays qui doit encore faire face à d’importantes échéances de remboursement dans les prochains mois.


Un contexte budgétaire sous pression

Cette séquence financière intervient dans un contexte déjà tendu. Le Sénégal a hérité d’un déficit budgétaire revu à la hausse après l’audit des finances publiques commandé par le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye en 2024, qui avait révélé une dette bien plus élevée que celle officiellement déclarée sous l’ancien régime. Le FMI et la Banque mondiale suivent de près la trajectoire de consolidation budgétaire du pays, dont les nouvelles ressources pétrolières et gazières — notamment le champ GTA avec BP et le projet Sangomar opéré par Woodside — sont appelées à jouer un rôle croissant dans l’équation financière nationale.

La capacité du gouvernement à allonger la maturité de sa dette et à restaurer la confiance des investisseurs institutionnels régionaux constituera l’un des tests majeurs de sa gestion économique pour le reste de l’année 2026.

Sami24tv

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