C’est une tempête politique et financière qui secoue les fondements de la gouvernance sénégalaise. Alors que l’Assemblée nationale est réunie en session extraordinaire sous la présidence d’Ousmane Sonko pour examiner l’encadrement des crédits spéciaux et fonds secrets, la question de l’utilisation des enveloppes discrétionnaires suscite un débat sans précédent sur les plateaux de télévision et les réseaux sociaux.
SAMI24TV plonge au cœur de cette controverse historique pour démêler le vrai du faux entre révélations, répliques du pouvoir et réalité budgétaire.
💣 1. La mèche allumée par Aly Ngouille Ndiaye
Tout a débuté par la sortie médiatique très commentée de l’ancien ministre de l’Intérieur, Aly Ngouille Ndiaye, sur les ondes de la SenTV. Selon lui, Ousmane Sonko serait le tout premier Premier ministre de l’histoire du Sénégal à bénéficier de fonds politiques propres à sa fonction :
« En réalité, il a été le premier chef du gouvernement à y avoir droit […] Dionne n’en avait pas, Amadou Ba non plus, et Sidiki Kaba n’a pas duré à la Primature. Cela a démarré avec lui », a affirmé l’ancien ministre.
Aly Ngouille Ndiaye a notamment pointé du doigt le montant de 1,7 milliard de francs CFA, s’interrogeant sur sa périodicité et rappelant que cette dotation aurait été rapidement consommée selon des propos attribués au ministre Abdourahmane Diouf. Il a exhorté le Premier ministre à inclure la Primature dans le champ des commissions d’enquête parlementaires par souci de transparence.
🎞️ 2. Vidéos d’archives & répliques : La thèse d’Aly Ngouille Ndiaye fragilisée
La riposte ne s’est pas faite attendre. Sur la toile, la thèse d’une « innovation » propre à Ousmane Sonko a été vivement contestée par la réapparition de plusieurs témoignages d’anciens dignitaires :
- Souleymane Ndéné Ndiaye (Dernier PM d’Abdoulaye Wade) : Dès avril 2025 sur le plateau de Faram Facce, il révélait déjà : « Même quand j’étais Directeur de cabinet du président de la République, j’avais déjà des fonds politiques. Chaque fin du mois, on me donnait mes fonds politiques. »
- Macky Sall et Idrissa Seck : D’anciennes déclarations des deux anciens Premiers ministres sous l’ère Wade confirment également la mise à disposition d’enveloppes discrétionnaires lorsqu’ils occupaient la Primature.
Du côté du pouvoir, Elimane Pouye (DG de la SOGEPA SN) a dénoncé des « affirmations gratuites », rappelant que les rubriques budgétaires de la Primature entre 2023, 2024 et 2025 sont restées globalement à droit constant. Pour le camp Pastef, le parti dénonce l’opacité de ces fonds depuis 2014 et leur réforme était déjà inscrite dans leur programme électoral de 2019.
📜 3. L’explosion historique des montants : De Diouf à Wade
L’histoire des finances publiques sénégalaises montre que le recours aux fonds politiques ne date pas d’hier, mais que les montants ont connu une inflation spectaculaire :
| Régime / Époque | Montant / Estimation des Fonds Politiques |
| Présidence Abdou Diouf | ~ 650 millions de FCFA |
| Présidence Abdoulaye Wade | ~ 8 milliards de FCFA |
| Rapport IGE (2008-2012) | 108 milliards de FCFA consommés en fonds politiques (dont 48 milliards sans aucune régularisation comptable) |
L’épisode du PNDL (Programme national de développement local) — doté de 100 milliards de FCFA confiés à la Primature sous Idrissa Seck — avait déjà illustré à l’époque les dérives potentionnelles liées à l’absence de contrôle rigoureux des ressources discrétionnaires.
🏛️ 4. Encadrer plutôt que supprimer : L’épreuve des lois à l’Assemblée
Au niveau parlementaire, la pression monte pour imposer la reddition des comptes :
- Guy Marius Sagna a révélé avoir initié dès septembre 2025 une proposition de loi portant création d’une Commission de vérification des crédits fonds politiques. Après des échanges avec Ousmane Sonko, le texte s’est orienté vers une initiative gouvernementale plus large.
- Thierno Alassane Sall qualifie sans détour ces fonds de « vol » en l’absence de vote explicite les autorisant, tout en distinguant ces crédits des budgets secrets affectés aux services de renseignement.
- Le Président Bassirou Diomaye Faye et le PM Ousmane Sonko écartent la suppression pure et simple de ces fonds — arguant de leur rôle dans le renseignement et la solidarité sociale — mais prônent leur encadrement légal strict.
C’est tout l’enjeu des travaux de la session extraordinaire ouverte en ce mois d’août 2026, qui doit sceller le cadre législatif de la déclaration de patrimoine et de la gestion des crédits spéciaux au Sénégal.
