C’est une mise au point économique d’une haute portée stratégique. Alors qu’une mission cruciale du Fonds monétaire international (FMI) est imminente à Dakar, le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, s’est livré sur les antennes de RFI et France 24 à un grand déballage sur la gestion des finances publiques. Entre mea culpa institutionnel, défense de son bilan après deux ans passés à la Primature, et avertissements lancés au nouveau Premier ministre Ahmadou Alhaminou Lô, le leader de PASTEF refuse tout dogmatisme mais fixe le cap.
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❌ 1. Pas de restructuration « sauvage » de la dette : L’avertissement à la Primature
Interpellé sur l’éventualité d’une restructuration de la dette sénégalaise pour donner de l’air aux finances publiques, Ousmane Sonko a d’emblée récusé toute posture idéologique figée : « Nous ne sommes pas dans des positions absolues. Nous examinons avec lucidité la situation ».
Toutefois, le président de l’Assemblée nationale a rappelé qu’il s’était fermement opposé à une restructuration brutale lorsqu’il dirigeait le gouvernement :
- Un pays solvable : Pour lui, rien ne justifiait une telle mesure puisque « le pays n’était pas en défaut de paiement et parvenait à respecter scrupuleusement ses engagements ».
- La ligne rouge parlementaire : Désormais installé au Perchoir, il prévient le gouvernement d’Ahmadou Alhaminou Lô contre la tentation de céder aux sirènes des ratios financiers à court terme imposés par les bailleurs :
« Si une décision devait être prise qui sacrifie nos options de changement systémique et structurel au profit de ratios à court terme, nous ne l’accepterons pas. Nous utiliserons tous les pouvoirs de l’Assemblée nationale pour dire non. »
📊 2. Recours aux bailleurs et souveraineté : Sonko assume le modèle de refinancement
Face aux critiques pointant une contradiction entre ses discours souverainistes et le recours continu de son gouvernement à l’endettement international, Ousmane Sonko a balayé les accusations d’incohérence en brandissant la carte de la vérité des chiffres.
- Le choix de l’orthodoxie : « Nous avons fait le choix de partir sur une bonne base et de ne pas dissimuler des chiffres, parce que cela nous aurait rattrapés tôt ou tard », a-t-il défendu, citant en contre-exemple le traumatisme de la crise de la dette grecque et ses comptes truqués.
- Le cycle normal de l’économie : Pour le leader des Patriotes, la dette n’est pas un tabou si elle est bien gérée. « Dans tous les pays du monde, la dette se refinance, elle se renouvelle », a-t-il rappelé, revendiquant une gestion transparente et responsable des échéances sous sa Primature.
🏛️ 3. Le aveux sur la « dette odieuse » : « Les pouvoirs du Premier ministre sont extrêmement limités »
Le moment le plus fort de l’entretien est sans doute celui où Ousmane Sonko a dû expliquer pourquoi, une fois au pouvoir, il n’avait pas exigé l’annulation immédiate de cette dette qu’il qualifiait de « criminelle » ou d’« odieuse » lorsqu’il était dans l’opposition. L’homme a fait un aveu de taille sur l’architecture institutionnelle du Sénégal :
- Un manque de leviers : « Je n’avais pas tous les leviers. Les pouvoirs du Premier ministre sont extrêmement limités dans ce pays », a-t-il confessé, traçant une frontière nette entre ses ambitions de chef de parti et la réalité des prérogatives constitutionnelles à la tête de la Primature.
- Une parfaite entente avec le Président : Il a toutefois tenu à désamorcer toute rumeur de discorde avec le Palais sur ce dossier précis, affirmant que lors de leur ultime échange, le Président Bassirou Diomaye Faye lui avait « confirmé que la ligne n’avait pas changé ».
🎯 4. L’appel au courage politique lancé à l’exécutif
Considérant que la dette héritée de l’ancien régime reste « pour partie odieuse », Ousmane Sonko renvoie désormais la balle dans le camp de l’exécutif actuel. Il appelle l’équipe d’Alhaminou Lô à faire preuve d’audace face aux institutions de Bretton Woods.
« Il faut du courage pour poser ce débat-là », a-t-il lancé sur un ton de défi, exprimant le souhait de voir le gouvernement prendre enfin ses responsabilités pour négocier fermement l’annulation pure et simple d’une partie de cette ardoise financière. Un véritable test de cohérence pour le régime en place.
