Le mouvement Gueum Sa Bopp – Les Jambaars a tenu ce lundi 16 mars 2026 une conférence de presse à Dakar pour dresser un bilan sévère de la gouvernance actuelle. Par la voix de son coordonnateur des cadres Moussa Niang, le mouvement du président Bougan Guèye Dany dénonce un « paradoxe inédit », alerte sur les difficultés sociales et annonce une saisine officielle de plusieurs ministères pour obtenir des documents publics sur les contrats pétroliers et gaziers.
« Jamais un pouvoir n’a autant parlé de rupture »
Désigné porte-parole de la conférence, Moussa Niang a livré une charge frontale contre ce qu’il perçoit comme un écart croissant entre le discours et la réalité. Selon lui, le Sénégal traverserait un « paradoxe inédit » : un pouvoir qui se réclame haut et fort de la rupture mais dont certaines pratiques reproduiraient les méthodes des régimes précédents.
Le coordonnateur a dressé un tableau social préoccupant : cherté de la vie, grèves dans l’éducation, difficultés du monde rural à écouler ses productions malgré une campagne agricole satisfaisante, et opérateurs économiques plongés dans l’incertitude. « Pendant que les dirigeants occupent les plateaux de télévision et les réseaux sociaux, le peuple continue de souffrir », a-t-il lancé, dénonçant par ailleurs ce qu’il qualifie de « silence du pouvoir » sur plusieurs dossiers sensibles, notamment les tensions universitaires et les difficultés du secteur privé national.
Le projet gazier Teranga Yaka dans le viseur
Sur le volet énergétique, Moussa Niang a ciblé la communication gouvernementale autour du projet gazier Teranga Yaka. Sans remettre en cause le potentiel du projet, il a questionné le réalisme des annonces au regard des investissements colossaux qu’exige le développement d’infrastructures offshore.
« Dans l’industrie pétrolière, les slogans ne produisent pas de gaz. Les plateformes offshore se construisent avec des milliards, pas avec des discours », a-t-il affirmé. Une pique qui s’inscrit dans un contexte de débat national intense sur la gestion des ressources naturelles, depuis que le Premier ministre Ousmane Sonko a annoncé la révision de plusieurs contrats jugés inéquitables pour l’État sénégalais.
Saisine des ministères pour accéder aux documents publics
L’annonce la plus concrète de cette conférence de presse est sans doute la démarche institutionnelle annoncée par Moussa Niang. Sur instruction du président du mouvement, Bougan Guèye Dany, les cadres de Gueum Sa Bopp prévoient de saisir formellement les ministères des Finances, de l’Économie, des Mines et de l’Énergie pour obtenir des documents publics relatifs à la gestion économique du pays et aux contrats pétroliers et gaziers, en s’appuyant sur la législation sénégalaise sur l’accès à l’information.
Cette initiative s’inscrit dans un mouvement plus large de vigilance citoyenne sur la transparence dans la gestion des ressources extractives, un sujet sur lequel des organisations comme la Plateforme des acteurs non-étatiques pour le suivi de l’ITIE au Sénégal — l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives — se mobilisent depuis plusieurs années.
« La gouvernance ne peut se réduire à des slogans. La transparence et le contrôle citoyen sont indispensables à la démocratie et au développement du pays », a soutenu le porte-parole, appelant à une « alternance de méthodes » dans la conduite des affaires publiques.
Gueum Sa Bopp, un positionnement d’opposition en construction
Fondé par Bougan Guèye Dany, Gueum Sa Bopp – Les Jambaars s’est progressivement imposé dans le paysage politique sénégalais comme une force de proposition et de contestation. Le mouvement, qui avait participé aux dernières joutes électorales, cherche à occuper l’espace d’une opposition structurée et documentée, capable d’interpeller le pouvoir sur des bases factuelles plutôt que sur le seul registre de la critique politique.
« Le peuple sénégalais ne se nourrit pas de slogans, il attend des résultats », a conclu Moussa Niang, résumant en une formule la ligne de conduite que le mouvement entend tenir face à l’exécutif.
