Des publications virales affirment que le Coran deviendrait une matière « centrale » dans les écoles publiques ou que l’arabe remplacerait le français comme langue officielle au Sénégal.
Ces allégations sont infondées et ne reposent sur aucune décision officielle.
Rumeur 1 : le Coran matière fondamentale dans les écoles publiques
Depuis le 24 février 2026, des posts diffusés sur Facebook — notamment par une page intitulée « Islam Religion de droiture » — prétendent que le gouvernement aurait décidé d’intégrer le Coran comme matière fondamentale dans le système éducatif public.
Aucune communication officielle ne confirme cette information.
Dans le cadre actuel :
- Le Coran fait partie des disciplines de l’enseignement religieux islamique dans les écoles franco-arabes.
- Il est enseigné aux côtés du hadith, du tawhid, des pratiques cultuelles et de la biographie du Prophète.
- Il ne constitue pas une matière centrale du tronc commun de l’école publique laïque.
Rumeur 2 : l’arabe deviendrait langue officielle
Une autre rumeur, apparue en avril 2024 puis relancée en décembre 2025, affirme que l’arabe remplacerait le français comme langue officielle.
Cette affirmation est juridiquement infondée.
La Constitution sénégalaise fixe le français comme langue officielle.
Un changement de régime linguistique nécessiterait une révision constitutionnelle, impliquant une procédure lourde pouvant aller jusqu’au référendum.
Aucun décret ni décision gouvernementale n’a modifié ce cadre.
Création d’une structure aux Affaires religieuses : que dit la réalité ?
Le président Bassirou Diomaye Faye a annoncé le 17 avril 2024 la création d’une Direction des Affaires religieuses et de l’Insertion des diplômés en langue arabe.
Cette structure a été officialisée en septembre 2024 avec la nomination du professeur Djim Dramé, puis transformée en Délégation générale aux Affaires religieuses.
Selon les précisions apportées à l’APS, cette entité concerne tous les cultes (islam, christianisme et religions traditionnelles), dans le respect du principe de laïcité.
Aucune décision n’a été prise pour ériger le Coran en matière centrale dans les écoles publiques.
État des lieux de l’enseignement arabo-islamique
L’enseignement de l’arabe et des disciplines islamiques est institutionnalisé depuis plusieurs décennies :
- 1977 : création d’un département d’arabe à l’ancienne ENS (aujourd’hui Faculté des sciences et technologies de l’éducation et de la formation).
- 2002 : introduction de l’enseignement religieux à l’école élémentaire.
- 2013 : organisation du baccalauréat unifié.
- 2016 : réouverture d’une section diplomatique à l’ENA pour les diplômés arabophones.
- 27 novembre 2022 : instauration d’une Journée nationale des daaras.
- 2024 : création d’une entité rattachée à la présidence pour l’insertion des diplômés en arabe.
Parallèlement, la réforme éducative récente la plus structurante concerne l’introduction de l’anglais dès l’élémentaire.
Analyse du phénomène
Ces infox prospèrent dans un contexte régional sensible et dans une période marquée par des discours de souveraineté et de « rupture ».
Elles exploitent :
- la forte dimension sociologique de l’islam au Sénégal ;
- la visibilité accrue des arabophones dans l’espace institutionnel ;
- la sensibilité des débats identitaires et linguistiques.
Aucune décision officielle ne confirme les rumeurs évoquées.
