Depuis le centre psychiatrique de Thiaroye où il est interné, Assane Fall alias « Azoura », ancien porte-drapeau de Pastef, a pris contact avec la rédaction de Seneweb via le téléphone d’un proche. En grève de la faim, il dénonce un internement qu’il juge injustifié et inhumain, réclame son transfert à la prison de Rebeuss et annonce avec fracas sa rupture définitive avec Pastef.
« Je ne suis pas fou et je ne l’ai jamais été »
La voix d’Azoura depuis le centre psychiatrique de Thiaroye est celle d’un homme en colère. Le militant, connu pour son engagement affiché aux côtés de Pastef durant les années de lutte, rejette catégoriquement le bien-fondé de son internement. « Je ne suis pas à ma place ici. Je ne suis pas fou et je ne l’ai jamais été », a-t-il déclaré, affirmant avoir entamé une grève de la faim pour protester contre ses conditions de détention qu’il qualifie d’inhumaines.
Il dénonce notamment l’administration forcée de « puissants antipsychotiques » qui, selon lui, le plongent dans un état de sommeil prolongé pendant plusieurs jours. Des accusations graves qui soulèvent des questions sur les conditions de prise en charge des patients dans les structures psychiatriques sénégalaises, un sujet régulièrement épinglé par les organisations de défense des droits humains.
Il accuse Pastef de l’avoir placé en psychiatrie pour lui éviter la prison
La charge la plus lourde d’Azoura vise directement son propre parti. Selon lui, c’est Pastef qui aurait manœuvré pour obtenir son internement psychiatrique en lieu et place d’une détention classique, dans le but de lui trouver des « circonstances atténuantes ». Une stratégie judiciaire qu’il refuse catégoriquement.
« Je préfère être en détention plutôt que d’être interné ici. Mon honneur m’interdit de rester ici », a-t-il affirmé, demandant explicitement son transfert à la maison d’arrêt de Rebeuss. Cette déclaration est d’autant plus symbolique qu’elle émane d’un homme qui a longtemps incarné l’engagement militant de base au sein du mouvement de Ousmane Sonko.
Rupture consommée avec Pastef
Dans la foulée de ces révélations, Azoura a annoncé la fin de son compagnonnage avec Pastef. « Entre Azoura et Pastef, c’est fini. Pastef m’a trahi », a-t-il lancé, visiblement agité. Une rupture publique et fracassante qui intervient au moment où le parti au pouvoir traverse une période de recomposition interne, avec son congrès prévu en juin 2026.
L’affaire judiciaire en toile de fond
L’internement d’Azoura s’inscrit dans une affaire judiciaire liée à une conduite sans permis et à des coups et blessures involontaires. Le militant affirme être détenteur d’un permis militaire et précise qu’au moment des faits, il était en cours de conversion de son brevet militaire en permis civil — une procédure administrative courante pour les anciens militaires.
Son coprévenu, Serigne Saliou Fall, a quant à lui comparu vendredi dernier devant le tribunal des flagrants délits de Dakar pour abandon de véhicule à un tiers non titulaire de permis et complicité de coups et blessures involontaires. Il a bénéficié d’une relaxe pure et simple, le tribunal ayant retenu qu’Azoura avait pris les clés du véhicule sans autorisation.
