Le front social s’embrase au Sénégal et le ton monte d’un cran entre les syndicats et l’Exécutif. Un véritable dialogue de sourds s’est installé entre le tout nouveau Front syndical pour la défense du travail et le ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Réforme du service public, Mamadou Lamine Dianté.
Au cœur de la discorde : une déclaration du ministre devant les secrétaires généraux des centrales syndicales, remettant en cause le droit de ces dernières à déposer un préavis de grève. Une sortie qui a fait l’effet d’une bombe et suscité l’indignation immédiate des figures du monde syndical, en premier lieu celle d’El Hadji Ayé Boun Malick Diop, Secrétaire général du puissant Syndicat des travailleurs de la Justice (SYTJUST). Contacté par Dakaractu, ce dernier n’a pas mâché ses mots pour recadrer l’autorité.
🛑 1. Le « vice de procédure » du ministre balayé d’un revers de main
Pour tenter de paralyser le mouvement de contestation, le ministre Mamadou Lamine Dianté a brandi l’argument d’un vice de forme, affirmant que seules les organisations de base (les syndicats sectoriels) ont la prérogative légale de déposer un préavis de grève, excluant de fait les grandes centrales syndicales.
La réplique d’Ayé Boun Malick Diop est cinglante :
- Un préavis sur la table depuis des mois : Le syndicaliste rappelle que le préavis de grève du Front syndical a été formellement déposé le 11 mars 2026.
- Une réaction ministérielle jugée trop tardive : « Notre position est que l’argument de vice de procédure que le ministre invoque ne tient absolument pas la route », martèle le patron du SYTJUST. L’argumentation du gouvernement intervient après plusieurs mois de silence, alors qu’il disposait de tout le temps nécessaire pour notifier la moindre anomalie textuelle.
📜 2. La règle du jeu syndical rappelée à l’ordre
Pour le leader du SYTJUST, le ministre de la Fonction publique commet une grave erreur d’interprétation des textes qui régissent le monde du travail au Sénégal. En affirmant que les centrales n’ont pas le pouvoir d’appeler directement au débrayage, l’autorité ministérielle tente, selon lui, de créer des règles qui n’existent pas.
« Le ministre veut-il réinventer le syndicalisme ? C’est quel type de syndicalisme qu’il veut nous imposer ? Ce n’est clairement pas la bonne démarche », s’insurge Ayé Boun Malick Diop au micro de nos confrères.
Le Front syndical rappelle au ministre que le rôle de l’État n’est pas de contester tardivement la forme des documents d’alerte, mais d’étudier le fond des plateformes de revendications pour y apporter des réponses favorables et éviter de paralyser l’administration publique.
⚡ 3. Vers un blocage total de l’administration ?
Ce clash frontal entre Mamadou Lamine Dianté — lui-même pourtant ancien leader syndical de l’enseignement avant d’entrer au gouvernement — et les syndicalistes de la Justice et du Travail ouvre une nouvelle zone de fortes turbulences pour le régime en place. En refusant de reconnaître la légitimité du Front syndical, le ministère prend le risque de radicaliser les travailleurs. Si les négociations restent au point mort, un mot d’ordre de grève générale pourrait paralyser les tribunaux, les ministères et les services publics dans les jours à venir.
