Le Sénégal est pleinement conscient des risques sécuritaires liés à la dégradation de la situation au Mali, pays voisin confronté à la montée en puissance de groupes armés irréguliers. C’est l’analyse du directeur exécutif du groupe de recherche Wathi, Gilles Yabi, invité par l’APS à dresser une rétrospective géopolitique de l’année 2025 dans la sous-région.
Selon lui, la proximité géographique avec des zones d’opération de groupes armés constitue en soi un facteur de vulnérabilité. « Il y a une menace sur le Sénégal », affirme-t-il, soulignant que les groupes djihadistes ne sont plus cantonnés au nord ou au centre du Mali, mais ont étendu leurs activités vers le sud et l’ouest du pays, se rapprochant dangereusement des frontières sénégalaises.
Cette dynamique s’est illustrée ces derniers mois dans la région malienne de Kayes, la plus proche du Sénégal, où le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, a mené des actions ciblées, notamment l’interception et l’incendie de véhicules transportant du carburant. Ces attaques ont provoqué des perturbations majeures dans l’approvisionnement local.
Face à cette situation, l’État sénégalais a intensifié sa présence sécuritaire le long de la frontière. Gilles Yabi relève « de nombreux redéploiements et efforts » visant à renforcer le contrôle territorial, tout en protégeant les ressources naturelles stratégiques, notamment l’or, dans l’est du pays.
L’analyste rappelle que la menace sahélienne dépasse désormais les frontières traditionnelles du Mali. Après le Burkina Faso et le Niger, des pays côtiers comme le Bénin et le Togo ont déjà subi des attaques. La Côte d’Ivoire a également été touchée, illustrant une progression continue du phénomène vers le sud de l’Afrique de l’Ouest.
Dans ce contexte, Gilles Yabi insiste sur la nécessité d’une coopération régionale renforcée, notamment à travers le partage de renseignements entre États. Pour lui, la lutte contre les menaces transnationales ne peut être efficace sans une action collective et coordonnée, malgré l’échec relatif de certaines initiatives comme le G5 Sahel.
Il note enfin que les récents coups d’État dans la région ont profondément modifié les équilibres politiques et les partenariats internationaux, avec des conséquences directes sur les stratégies de sécurité et les alliances extérieures dans le Sahel.
