À quelques jours de la célébration de Pâques, la préparation du traditionnel « ngalakh » vire au casse-tête chinois pour les ménages sénégalais. Entre des marchés désertés et une inflation galopante sur les produits de base comme le mil et le pain de singe, la solidarité chrétienne et musulmane tente de résister à la crise économique.

Dakar, Sénégal – Dans les allées du marché de La Rochette à Thiaroye, l’odeur caractéristique de la pâte d’arachide fraîche et du mil grillé flotte toujours. Pourtant, cette année, le cœur n’y est pas tout à fait. Si les étals sont bien fournis, les clients, eux, se font rares. Le constat est amer pour les commerçants qui voient le pouvoir d’achat des Sénégalais s’effriter jour après jour.

L’inflation dicte sa loi sur les étals

Cheikh Cissé, commerçant à Thiaroye depuis 2007, ne cache pas son inquiétude. Le visage serré, il ajuste ses stocks de produits locaux : « À l’approche de la fête, je ne vois que quelques personnes, et elles n’achètent pas en grandes quantités ». Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le kilo de pain de singe (bouye) est passé de 600 à 1000 francs CFA, tandis que le mil s’échange désormais à 450, voire 500 francs CFA chez certains revendeurs.

Pour Aïssatou Tall, vendeuse d’expérience de 50 ans, la situation est inédite. Obligée de répercuter les prix de gros, elle propose le kilo de pâte d’arachide à 1400 francs CFA. « Les produits nous arrivent déjà chers. Je suis obligée de les revendre à ce prix pour simplement m’en sortir », confie-t-elle avec résignation.

Les stratégies de survie des consommatrices

Face à cette flambée, les Sénégalaises rivalisent d’ingéniosité pour maintenir la tradition. Marguerite Faye, ingénieure en BTP, a choisi la voie de l’approvisionnement direct. Profitant d’un déplacement à Ngohé Ndoffongor (région de Fatick), elle a acheté ses matières premières directement chez les producteurs avant de compléter ses achats de luxe (raisins secs, noix de coco, essences) au marché Castors.

Malgré les coûts, elle prévoit de transformer pas moins de 150 kg de denrées (mil, bouye, pâte d’arachide) pour honorer ses engagements familiaux et amicaux dès ce jeudi.

Le partage : Un ciment social indéboulonnable

À Thiaroye Sam Sam 2, chez la famille Basse, l’inflation ne douchera pas la ferveur. Madeleine Basse, qui achève son Carême, s’apprête à préparer 6 à 7 bassines de ngalakh. Pour elle, le coût du transport pour les livraisons vers Keur Massar ou Petit-Mbao est secondaire : « Je me fais plaisir en faisant plaisir aux gens que j’aime ».

Ce « ngalakh » version 2026 est plus qu’une recette ; c’est le symbole d’une nation qui refuse de laisser la crise économique entamer sa cohésion sociale. Entre chrétiens et musulmans, le bol de bouillie sucrée reste le trait d’union d’un Sénégal solidaire.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

PLUS D'ACTUALITÉS

ONU : Audition de Macky Sall – L’APR en mode « Fan Zone », la Société civile se mobilise ce samedi

L’effervescence monte à Dakar alors que l’échéance du 22 avril approche. Pour l’audition de Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations unies à New York, ses partisans préparent

ALERTE SAHEL : Tirs nourris au Mali, Bamako et Kati sous haute tension

La capitale malienne et plusieurs villes stratégiques du pays se sont réveillées dans la stupeur ce samedi 25 avril 2026. Des détonations et des tirs à l’arme lourde ont été

FLASH INFOS / SÉNÉGAL : Chaos total à l’Assemblée : Gendarmes dans l’hémicycle, expulsion manu militari d’Abdou Mbow et boycott de l’opposition !

La démocratie sénégalaise vient de vivre l’une des pages les plus sombres de son histoire parlementaire. Ce lundi 29 juin 2026, la séance plénière qui devait examiner la révision de