Luxembourg / Dakar, 9 mars 2026. Le projet de loi annoncé par le Premier ministre Ousmane Sonko visant à renforcer la criminalisation de l’homosexualité au Sénégal provoque déjà des réactions à l’international. Au Luxembourg, l’ancien Premier ministre et actuel ministre des Affaires étrangères, Xavier Bettel, s’est dit « profondément préoccupé » par ce texte qui, selon lui, assimile l’homosexualité à la zoophilie et à la nécrophilie. Une prise de position qui ravive un débat diplomatique récurrent entre l’Europe et Dakar sur les droits des minorités sexuelles.

Bettel : « Ne pas l’accepter est un choix »

Dans une déclaration remarquée, Xavier Bettel — lui-même premier chef de gouvernement européen marié à un homme — n’a pas mâché ses mots face au projet législatif sénégalais.

« Apprendre que la semaine prochaine, le Sénégal veut légiférer en considérant l’homosexualité ou la bisexualité comme des actes punissables de même nature que la zoophilie ou la nécrophilie est profondément préoccupant », a-t-il déclaré.

Pour le ministre luxembourgeois, ce projet de loi trahit une incompréhension fondamentale de la nature humaine : « Nombreux sont ceux qui ne comprennent pas que l’attirance pour une personne du même sexe n’est pas un choix, mais une réalité de la nature. En revanche, ne pas l’accepter est un choix », a-t-il martelé.


Une voix récurrente sur la question sénégalaise

Ce n’est pas la première fois que Xavier Bettel s’exprime sur les choix du Sénégal en matière de droits des minorités sexuelles. En 2024, lors de l’Assemblée générale des Nations Unies, il avait déjà interpellé le président Bassirou Diomaye Faye sur le même sujet.


La réplique cinglante de Diomaye en 2024

Face à cette pression internationale, le chef de l’État sénégalais avait répondu avec une franchise qui avait marqué les esprits. Revenant sur un échange direct avec le dirigeant luxembourgeois, Diomaye avait rapporté les termes de leur conversation :

« J’ai eu, cette semaine, une réunion avec un chef d’État africain avec lequel je voulais travailler. Et je lui ai parlé de trois conditions. Et ce chef d’État m’a répondu, concernant les minorités sexuelles, que si sa population trouvait que l’homosexualité était un crime, il allait le criminaliser. »

Bettel avait alors conclu par un principe de gouvernance : « Être chef d’État, ce n’est pas faire toujours ce que la majorité veut, mais c’est aussi défendre les minorités dans un pays. »


Un projet de loi qui s’annonce au cœur des tensions diplomatiques

L’annonce du projet de loi de Sonko relance un débat qui dépasse les frontières sénégalaises. Entre les partisans d’une souveraineté législative pleine et entière — position largement majoritaire dans la société sénégalaise — et les voix occidentales qui y voient une violation des droits fondamentaux, le bras de fer diplomatique s’annonce intense dans les prochaines semaines, à mesure que le texte avancera dans le processus législatif.

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