L’émotion et l’indignation grandissent au Rwanda après l’annonce du décès d’Aimable Karasira. Cet ex-universitaire et critique virulent du président Paul Kagame est décédé ce jeudi 7 mai 2026, alors qu’il devait recouvrer la liberté après cinq ans de détention. Une mort qui relance le débat sur le sort des voix dissidentes à Kigali.
Une « overdose » dans l’enceinte de la prison
Selon l’administration pénitentiaire rwandaise (RCS), le drame s’est noué au moment même où Aimable Karasira s’apprêtait à quitter le centre de détention :
- La version officielle : Les autorités affirment qu’après avoir récupéré ses effets personnels, dont ses médicaments pour troubles mentaux, le youtubeur aurait ingéré une dose massive. Il aurait succombé à l’hôpital après être tombé dans un « sommeil profond ».
- Le témoignage de la défense : Son avocat, Me Félicien Gashema, a confirmé avoir vu son client lundi dernier, en pleine préparation de sa sortie. Il a déclaré attendre désormais les résultats de l’autopsie pour éclaircir les circonstances du décès.
Un survivant devenu poil à gratter du régime
Aimable Karasira n’était pas un détenu ordinaire :
- Son parcours : Ancien professeur de technologies à l’Université du Rwanda, il était devenu une star du web avec sa chaîne YouTube où il dénonçait la « haine alimentée » par le FPR (Front patriotique rwandais).
- Sujets tabous : Bien que survivant du génocide de 1994, il n’hésitait pas à remettre en cause certains aspects officiels du récit du génocide, s’attaquant au cœur de l’idéologie du pouvoir actuel.
- Condamnation : Arrêté en 2021, il avait été condamné en septembre 2025 à cinq ans de prison pour « incitation à la division ».
Une enquête indépendante réclamée
Plusieurs analystes et défenseurs des droits de l’homme appellent à une enquête transparente, rappelant d’autres morts mystérieuses sous les verrous :
- Kizito Mihigo : Le célèbre chanteur de gospel retrouvé mort dans sa cellule en 2020 (thèse officielle du suicide contestée).
- Jay Polly : Le rappeur décédé en détention en 2021.
Cette tragédie entache une nouvelle fois l’image du Rwanda, souvent vanté pour son succès économique mais régulièrement pointé du doigt pour sa répression contre la liberté d’expression.
