Dakar, 6 mars 2026. À l’occasion de la première célébration au Sénégal de la Journée mondiale du lymphœdème, le 6 mars 2026, les chiffres révélés par le programme national de lutte contre les maladies tropicales négligées sont préoccupants : 2 512 cas de lymphœdème secondaire ont été recensés entre 2021 et 2025. Une pathologie encore largement méconnue du grand public, qui provoque un gonflement invalidant des membres, génère stigmatisation et souffrance psychologique, et peut être liée à un cancer du sein.
Le lymphœdème, une maladie qui gonfle et isole
Qu’est-ce que le lymphœdème ?
Le professeur Maodo Diop, responsable du service de cardiologie de l’hôpital général Idrissa Pouye (HOGIP), a fourni une explication claire lors de la journée commémorative : « Le lymphœdème est un défaut de circulation de la lymphe. Cette entrave entraîne une accumulation de cette lymphe au niveau d’un organe qui va se manifester par un gonflement au niveau des membres supérieurs ou inférieurs. »
La pathologie peut être primaire ou secondaire, voire congénitale. Elle est considérée comme précoce lorsqu’elle survient entre 2 et 35 ans, et tardive au-delà. Ses causes sont multiples : obésité, traumatisme, chirurgie, brûlure médicamenteuse ou encore facteurs idiopathiques.
Un impact humain dévastateur
Le professeur Adama Dieng, spécialiste de la question et parrain de la journée, a décrit avec précision l’aspect visible de la maladie : « Le lymphœdème se manifeste par un membre très volumineux empêchant le malade de se déplacer. Ce qui provoque une stigmatisation, un poids psychologique d’où la nécessité d’une prise en charge pluridisciplinaire. »
Le lien avec le cancer du sein : une réalité alarmante
L’une des révélations les plus frappantes de cette journée concerne le lien direct entre le lymphœdème et le cancer du sein. Selon le docteur Maodo Diop, trois femmes sur dix opérées d’un cancer du sein développeront un lymphœdème au niveau des membres supérieurs. Il précise que l’infection bactérienne constitue le premier facteur de lymphœdèmes consécutifs à des interventions chirurgicales — une donnée qui plaide pour un suivi post-opératoire renforcé des patientes.
2 512 cas en cinq ans : un bilan qui appelle à l’action
Les données chiffrées communiquées par le programme national de lutte contre les maladies tropicales négligées (MTN) dressent un tableau préoccupant : entre 2021 et 2025, pas moins de 2 512 cas de lymphœdème secondaire ont été pris en charge au Sénégal. Un chiffre qui ne reflète que les cas recensés — la réalité étant probablement bien supérieure, compte tenu du déficit de connaissance de la maladie dans la population générale.
Une mobilisation collective réclamée par le ministère de la Santé
Pour Mamadou Moustapha Diop, directeur de la lutte contre la maladie (DLM) au ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, vaincre le lymphœdème exige une mobilisation collective impliquant autorités sanitaires, professionnels de santé, associations de patients, partenaires techniques et financiers, médias et communautés.
« En conjuguant nos efforts, nous pourrons non seulement améliorer la prise en charge des patients, mais également renforcer la prévention et la sensibilisation afin de réduire l’impact de cette maladie dans notre pays », a-t-il déclaré.
Une première célébration nationale sous un thème fédérateur
Cette année marque la toute première célébration de la Journée mondiale du lymphœdème au Sénégal, placée sous le thème : « Le passé, le présent et le futur de la prise en charge du lymphœdème ». Une étape symbolique qui ouvre la voie à une meilleure visibilité de cette pathologie chronique encore trop souvent ignorée, dont l’impact sur la qualité de vie des patients est pourtant considérable.
Article rédigé par la rédaction de sami24tv.com
