C’est un véritable séisme qui frappe l’administration locale en Casamance. Une enquête chirurgicale menée par l’antenne locale de la Division nationale de lutte contre le trafic de migrants et pratiques assimilées (DNLT) a permis de mettre fin aux activités d’un réseau mafieux particulièrement audacieux. Actifs au cœur de la mairie de Bignona (région de Ziguinchor), les membres de cette organisation criminelle permettaient à des ressortissants étrangers — notamment ghanéens — d’obtenir illégalement la nationalité sénégalaise en falsifiant les registres officiels de l’état civil.
Quatre cerveaux et complices présumés, M. Amarh (alias « Moussa Bassène »), O. Bassène, F. Coly (alias « Fakéba ») et Ch. O. Diouf, ont été officiellement déférés au parquet de Ziguinchor pour association de malfaiteurs, faux et usage de faux en écritures publiques, complicité et obtention indue de documents administratifs.
💸 1. L’escroquerie à 43 millions qui a fait tomber le masque du « Faux Homme d’Affaires »
Selon les révélations fracassantes partagées par le quotidien Libération, le château de cartes s’est effondré à la suite d’une plainte pour une escroquerie massive portant sur plus de 43 millions de francs CFA :
- L’imposture : Le principal suspect se faisait passer pour un brillant opérateur économique local du nom de « Moussa Bassène », directeur de la société de BTP « Amak BTP Properties Sarl » basée à Bignona. Les investigations de la DNLT ont révélé qu’il s’agissait en réalité de M. Amarh, un ressortissant ghanéen en situation de fraude identitaire totale.
- Une filiation imaginaire : Pour flouer sa victime et capter les 43 millions sous couvert d’investissements fictifs, le suspect a bénéficié de la complicité d’O. Bassène, président du GIE Kassumay Tefess. Ce dernier est allé jusqu’à « prêter » les données d’état civil et l’identité de ses propres parents pour fabriquer une filiation sénégalaise de toutes pièces au citoyen ghanéen.
🏛️ 2. Complicité interne à la mairie : Un faux acte de naissance vendu à 50 000 F CFA
L’enquête a mis à nu la porosité et la corruption au sein des services de la municipalité de Bignona. La DNLT a reconstitué le circuit de la fraude administrative :
- L’intermédiaire : A. B. Badiane, un agent de la Sonaged, a touché la modique somme de 50 000 francs CFA pour jouer les facilitateurs et mettre le citoyen ghanéen en contact avec le cœur du système.
- L’officier d’état civil corrompu : F. Coly (alias « Fakéba ») est passé aux aveux. Il a reconnu avoir personnellement et frauduleusement inséré un faux feuillet d’acte de naissance dans le registre officiel de l’année 1980, sous le numéro 2059. Les enquêteurs ont décelé des anomalies matérielles flagrantes sur cette page contrefaite, qui jurait visuellement avec le document d’origine.
- Le blanchiment d’identité : Grâce à ce faux acte de naissance initial, M. Amarh a pu dérouler sa stratégie et obtenir en toute légalité apparente : une carte nationale d’identité (CNI) sénégalaise, un passeport, un permis de conduire et des documents d’enregistrement commercial.
🏠 3. Un certificat de résidence de complaisance pour sceller la fraude
Pour parachever la manœuvre et bétonner le dossier de naturalisation frauduleuse, le réseau a sollicité un autre entrepreneur en BTP, Ch. O. Diouf. Ce dernier a délivré un certificat de résidence de pure complaisance, truffé d’allégations mensongères. Sans même connaître personnellement le ressortissant ghanéen, Diouf a formellement attesté par écrit que le suspect résidait à Bignona depuis sa naissance.
Malheureusement pour les faussaires, le croisement technique des transactions financières, des flux téléphoniques et l’expertise graphique des registres ont permis aux limiers de la DNLT de confondre l’ensemble des protagonistes de ce scandale.

