Le gouvernement sĂ©nĂ©galais met en garde : 7 Ă©tablissements majeurs et 25 antennes du rĂ©seau ISEG opĂšrent sans accrĂ©ditation valide. Avant toute inscription, les Ă©tudiants et parents doivent vĂ©rifier l’autorisation de l’Ă©tablissement.
Le SĂ©nĂ©gal vient de vivre un moment de clarification institutionnelle majeure. En date du 2 octobre 2026, le Pr Mamadou SidibĂ©, directeur gĂ©nĂ©ral de l’enseignement supĂ©rieur, a publiĂ© un document officiel dressant la liste des Ă©tablissements d’enseignement supĂ©rieur qui n’ont pas obtenu les autorisations requises pour fonctionner lĂ©galement. Ce document constitue une alerte publique directe adressĂ©e aux Ă©tudiants, parents et demandeurs d’admission : faire preuve de vigilance avant toute inscription.
Une menace invisible : 34 établissements opÚrent sans accréditation
Le chiffre est Ă©loquent : 34 Ă©tablissements. Ce nombre rĂ©vĂšle l’ampleur d’une faille en apparence simple mais en rĂ©alitĂ© majeure : comment tant d’Ă©tablissements ont-ils pu accueillir des Ă©tudiants, collecter des frais de scolaritĂ©, et dĂ©livrer des diplĂŽmes sans possĂ©der les accrĂ©ditations obligatoires ?
Cette question soulĂšve des enjeux multiples :
- DĂ©faillance de contrĂŽle â Le ministĂšre n’a apparemment pas eu les moyens (ou la volontĂ©) d’empĂȘcher ces Ă©tablissements de fonctionner.
- Arnaque potentielle â Certains Ă©tablissements opĂšrent sans accrĂ©ditation en connaissance de cause, profitant de l’absence de contrĂŽle.
- DiplĂŽmes sans valeur â Les Ă©tudiants inscrits dans ces Ă©tablissements risquent de recevoir des diplĂŽmes non reconnus officiellement.
- DĂ©faillance parentale â De nombreuses familles sĂ©nĂ©galaises ignorent l’importance de vĂ©rifier l’accrĂ©ditation avant d’inscrire leurs enfants.
Les trois types d’autorisations requises
Le gouvernement recommande que les étudiants vérifient que les établissements possÚdent :
- L’agrĂ©ment provisoire â PremiĂšre autorisation donnĂ©e Ă un nouvel Ă©tablissement, valable pour une pĂ©riode limitĂ©e.
- L’habilitation institutionnelle â Autorisation pour un Ă©tablissement d’offrir des programmes d’enseignement au-delĂ du stade provisoire.
- L’accrĂ©ditation â Reconnaissance de la qualitĂ© pĂ©dagogique et institutionnelle. C’est le plus haut niveau d’autorisation.
Les 34 Ă©tablissements listĂ©s ne possĂšdent apparemment pas ces trois niveaux d’autorisation â ou n’en possĂšdent que certains de maniĂšre partielle ou expirĂ©e.
Les établissements concernés : 7 majeurs + 25 antennes ISEG + 2 centres doctorat
Le document Ă©numĂšre trois catĂ©gories d’Ă©tablissements en violation :
LICENCE ET MASTER (7 établissements majeurs) :
- SMI â Sup-Management Intelligentsia (Ziguinchor)
- ESAG â Ăcole supĂ©rieure d’administration et de gestion (Saint-Louis)
- IMAS â Institut de management d’Afrique subsaharienne (Pikine)
- ESLOT â Ăcole supĂ©rieure de logistique et des transports (Dakar)
- IPAMEP â Institut privĂ© africain des mĂ©tiers du pĂ©trole (Dakar)
- IM â Institut moderne (Mbour)
- ZIP â Ziguinchor institut polytechnique (Ziguinchor)
Ces sept établissements offrent des programmes de licence et master dans des domaines variés : gestion, administration, logistique, pétrole, polyvalence. Ils desservent multiple régions du Sénégal (Dakar, Ziguinchor, Saint-Louis, Pikine, Mbour).
RĂSEAU ISEG : 25 ANTENNES NATIONALES (Licence et Master)
Le cas le plus frappant concerne le rĂ©seau ISEG (Institut supĂ©rieur d’Ă©tudes de gestion), qui possĂšde 25 antennes rĂ©parties sur l’ensemble du territoire national :
- ISEG â Ziguinchor
- ISEG â ThiĂšs
- ISEG â Tamba
- ISEG â SĂ©dhiou
- ISEG â Saint-Louis
- ISEG â Rufisque
- ISEG â Podor
- ISEG â Pikine
- ISEG â Mbour
- ISEG â MbackĂ©
- ISEG â Louga
- ISEG â Kolda
- ISEG â Keur Massar
- ISEG â KĂ©dougou
- ISEG â Kaolack
- ISEG â Kaffrine
- ISEG â GuĂ©diawaye
- ISEG â Fatick
- ISEG â Diourbel
- ISEG â Bambilor
- ISEG â Parcelles Assainies
- ISEG â Mboro
- ISEG â Joal
- ISEG â Tivaouane
- ISEG â Ourossogui
Ce rĂ©seau dĂ©centralisĂ© couvre pratiquement chaque rĂ©gion du SĂ©nĂ©gal. C’est un rĂ©seau de franchise apparente â une marque (ISEG) avec des antennes locales. Que TOUTES les 25 antennes manquent d’accrĂ©ditation soulĂšve une question : s’agit-il d’une dĂ©faillance structurelle du rĂ©seau entier, ou d’une absence de volontĂ© de conformitĂ© administrative ?
DOCTORAT (2 centres)
- CEDS â Centre d’Ă©tudes diplomatiques et stratĂ©giques (Dakar)
- CIS-PAIX UPEACE â Centre africain d’intelligence stratĂ©gique (Dakar)
Ces deux centres proposent des programmes de niveau doctorat. Ils sont également non accrédités.
Implications pour les étudiants : diplÎmes en péril
Pour les étudiants actuellement inscrits dans ces établissements, la réalité est dure :
- DiplĂŽmes non reconnus â Un diplĂŽme dĂ©livrĂ© par un Ă©tablissement non accrĂ©ditĂ© n’a aucune valeur lĂ©gale officielle. Les employeurs, universitĂ©s Ă©trangĂšres et organisations internationales ne le reconnaĂźtront pas.
- Perte financiĂšre â Les frais de scolaritĂ© payĂ©s Ă ces Ă©tablissements sont, de facto, investis dans une formation sans reconnaissance officielle.
- Blocage professionnel â Les diplĂŽmĂ©s ne pourront pas accĂ©der Ă des postes qui exigent une qualification vĂ©rifiĂ©e (fonction publique, organismes internationaux, professions rĂ©gulĂ©es).
- Transfert impossible â Les Ă©tudiants qui souhaitent se rĂ©inscrire dans un Ă©tablissement accrĂ©ditĂ© devront recommencer depuis zĂ©ro, car leurs crĂ©dits antĂ©rieurs ne seront pas reconnus.
Qui sont responsables ? Ătablissements vs. Gouvernement
La question qui se pose est : qui porte responsabilité ?
Les Ă©tablissements eux-mĂȘmes pour :
- Accueillir des étudiants sans accréditation
- Facturer des frais sans autorisation
- Délivrer des diplÎmes sans reconnaissance officielle
Le gouvernement pour :
- N’avoir pas exercĂ© de contrĂŽle rĂ©gulier
- Avoir laissé ces établissements fonctionner aussi longtemps
- Ne pas avoir mis en place de mécanismes de vérification publique accessibles aux parents et étudiants
Le gouvernement a publiĂ© cette liste, mais il aurait fallu l’imposer bien avant.
Mesures recommandées par les autorités
Le gouvernement recommande au public :
- Avant toute inscription, vĂ©rifier auprĂšs du ministĂšre de l’Enseignement supĂ©rieur que l’Ă©tablissement possĂšde :
- L’agrĂ©ment provisoire
- L’habilitation institutionnelle
- L’accrĂ©ditation
- Consulter les listes officielles mises à jour par le ministÚre pour connaßtre les établissements autorisés.
- Demander les documents d’accrĂ©ditation directement aux Ă©tablissements â s’ils refusent ou ne peuvent pas les fournir, c’est un signal d’alerte.
- Signaler tout établissement suspect aux autorités compétentes.
Implications systĂ©miques : crise d’intĂ©gritĂ© de l’enseignement supĂ©rieur
Cette alerte gouvernementale rĂ©vĂšle une crise plus profonde : la crise d’intĂ©gritĂ© de l’enseignement supĂ©rieur sĂ©nĂ©galais.
Si 34 établissements ont pu opérer sans accréditation, cela signifie :
- Absence de cadastre transparent â Il n’existe apparemment pas de base de donnĂ©es publique et Ă jour des Ă©tablissements accrĂ©ditĂ©s.
- Absence de contrĂŽle continu â Les autoritĂ©s n’exercent pas de vĂ©rification rĂ©guliĂšre et proactive.
- Corruption possible â Certains Ă©tablissements paient-ils pour faire la « sourde oreille » des autoritĂ©s ?
- DĂ©faillance de rĂ©gulation â Le secteur privĂ© de l’enseignement supĂ©rieur fonctionne apparemment en l’absence de rĂ©gulation efficace.
Enjeu électoral implicite
Il y a aussi une dimension politique : cette alerte, publiĂ©e en octobre 2026, intervient au moment oĂč le gouvernement Bassirou Diomaye Faye cherche Ă se lĂ©gitimer par l’action. Publier cette liste noire est une maniĂšre de montrer qu’il agit dans l’intĂ©rĂȘt public, en protĂ©geant les Ă©tudiants et les consommateurs contre les arnaqueurs.
Cependant, la vraie question demeure : pourquoi ces établissements ont-ils pu fonctionner aussi longtemps sans accréditation ? Cette question expose aussi une défaillance de gouvernance antérieure.
Ce que les étudiants et parents doivent faire immédiatement
Si vous ĂȘtes parent ou Ă©tudiant sĂ©nĂ©galais :
- VĂ©rifiez l’accrĂ©ditation de l’Ă©tablissement oĂč vous envisagez d’inscrire votre enfant (ou oĂč vous ĂȘtes dĂ©jĂ inscrit).
- Consultez le ministĂšre directement si vous avez des doutes.
- TransfĂ©rez-vous vers un Ă©tablissement accrĂ©ditĂ© si vous ĂȘtes actuellement inscrit dans l’un des 34 Ă©tablissements listĂ©s.
- Documenter vos frais payĂ©s en cas d’action en justice ultĂ©rieure pour rĂ©cupĂ©ration de fonds.
