Le dĂ©putĂ© de l’APR affirme que le retour de Pastef aprĂšs sa dissolution sous Macky Sall constitue une « erreur » et que le parti ne respecte pas les rĂšgles dĂ©mocratiques Ă©lĂ©mentaires.

Abdou Mbow, dĂ©putĂ© de l’APR, n’a pas mĂąchĂ© ses mots. InvitĂ© de l’Entretien de Dakaractu, il a tenu des propos tranchĂ©s qui marquent une escalade rhĂ©torique majeure dans l’opposition interne au bloc Pastef-Sonko. Pour ce parlementaire, la question n’est pas seulement politique : elle est existentielle — le fonctionnement mĂȘme de Pastef serait incompatible avec les valeurs dĂ©mocratiques.

« Le parti Pastef doit ĂȘtre Ă©liminĂ© de l’espace politique »

C’est en ces termes sans dĂ©tour qu’Abdou Mbow a formulĂ© son positionnement politique. Cette formulation radicale va bien au-delĂ  de la critique habituelle qu’on attendrait d’un leader d’opposition : elle Ă©voque une incompatibilitĂ© fondamentale entre Pastef et la dĂ©mocratie sĂ©nĂ©galaise.

Cette dĂ©claration intervient dans un contexte oĂč les tensions au sein de la majoritĂ© gouvernementale s’accentuent. Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, bien que formellement alliĂ©s, se distancient progressivement. L’APR, ancien alliĂ© du Pastef lors des Ă©lections, prend dĂ©sormais ses distances et cherche Ă  se repositionner. Les propos d’Abdou Mbow s’inscrivent dans cette dynamique.

L’argument de la non-dĂ©mocratique interne

Ce qui fonde le jugement d’Abdou Mbow, c’est le fonctionnement interne du Pastef. Selon lui, « le parti Pastef doit ĂȘtre Ă©liminĂ© de l’espace politique », son fonctionnement ne rĂ©pondant pas aux rĂšgles dĂ©mocratiques. Cette critique soulĂšve une question implicite mais grave : un parti qui ne fonctionne pas dĂ©mocratiquement en interne peut-il gouverner dĂ©mocratiquement ?

Si on prend les propos d’Abdou Mbow au sĂ©rieux — ce qui semble ĂȘtre son intention — alors le Pastef est accusĂ© de n’ĂȘtre pas un parti fonctionnant selon les principes dĂ©mocratiques. Cela Ă©voque une structure verticale, personnaliste, voire autoritaire, oĂč les dĂ©cisions se prennent d’en haut sans consultation adĂ©quate des membres.

Ousmane Sonko, figure charismatique du Pastef et Premier ministre, est souvent dĂ©crit comme une personnalitĂ© dominante au sein du parti. L’absence de contrepoids dĂ©mocratiques internes pourrait ĂȘtre ce Ă  quoi Abdou Mbow fait rĂ©fĂ©rence.

La critique du retour de Pastef : « revenir sur la dissolution a été une erreur »

Abdou Mbow va plus loin en remettant en question une dĂ©cision politique majeure : il estime qu’il ne fallait pas revenir sur la dissolution de Pastef, une dĂ©cision actĂ©e sous le gouvernement Macky Sall.

Rappelons le contexte : sous Macky Sall (2012-2024), le Pastef avait Ă©tĂ© dissout comme partie du jeu politique d’exclusion des forces d’opposition. Cette dissolution avait visĂ© Ă  affaiblir le mouvement d’Ousmane Sonko. AprĂšs l’Ă©lection de Bassirou Diomaye Faye en mars 2024 et la prise du pouvoir par l’alliance Pastef-PASTEF-Sonko, la dissolution avait Ă©tĂ© levĂ©e et Pastef avait retrouvĂ© son statut lĂ©gal.

Pour Abdou Mbow, cette levĂ©e de la dissolution reprĂ©sente une opportunitĂ© manquĂ©e. Il suggĂšre implicitement que le moment aurait pu ĂȘtre mis Ă  profit pour maintenir Pastef hors du jeu politique, ou du moins pour imposer des conditions Ă  sa rĂ©activation.

Enjeux implicites : recomposition politique en cours

Les propos d’Abdou Mbow reflĂštent une recomposition politique importante. L’APR, qui avait soutenu Bassirou Diomaye Faye Ă  titre personnel et reprĂ©sentait une part des Ă©lites Pastef, se repositionne dĂ©sormais comme une force antagoniste au gouvernement.

Cette recomposition n’est pas fortuite. Elle rĂ©pond Ă  plusieurs dynamiques :

  1. Tensions exĂ©cutives — Le fossĂ© entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko s’Ă©largit
  2. InstabilitĂ© gouvernementale — Les blocs institutionnels (exĂ©cutif vs. parlement) paralysent les rĂ©formes majeures
  3. QuĂȘte d’alternative politique — L’APR cherche Ă  se positionner comme une force de remplacement capable d’offrir une autre vision

Ce que cela signifie pour le Pastef

Les attaques d’Abdou Mbow ne sont pas isolĂ©es. Elles font partie d’un crescendo de critiques envers le Pastef et Ousmane Sonko. Si on considĂšre que :

  • Bassirou Diomaye Faye commence Ă  se distancier du Pastef
  • L’APR (ancien alliĂ©) attaque maintenant Pastef frontalement
  • Les blocs institutionnels rendent le gouvernement inopĂ©rant
  • Les rĂ©formes essentielles sont paralysĂ©es


alors on peut conclure que la majorité Pastef commence à se déliter, non par une défaite électorale, mais par une implosion interne et une alienation progressive de ses alliés.

La rhĂ©torique radicale d’Abdou Mbow : stratĂ©gie ou sincĂ©ritĂ© ?

La formulation « Pastef doit ĂȘtre Ă©liminĂ© de l’espace politique » est volontairement radicale. Elle ne peut pas ĂȘtre interprĂ©tĂ©e comme une simple critique politique. Elle Ă©voque l’Ă©limination physique, juridique ou politique du parti.

Cela soulĂšve deux questions :

  1. SincĂ©ritĂ© — Abdou Mbow croit-il rĂ©ellement que Pastef est antidĂ©mocratique et doit ĂȘtre dĂ©truit ?
  2. StratĂ©gie — Cherche-t-il Ă  radicaliser les critiques envers Pastef pour le dĂ©lĂ©gitimer auprĂšs de la population, et crĂ©er les conditions d’une alternative politique viable ?

Probablement les deux. Dans la politique sénégalaise, rhétorique et stratégie sont souvent indissociables.

Implications constitutionnelles et démocratiques

Si on accorde de la valeur aux propos d’Abdou Mbow, on reconnaĂźt implicitement que la Constitution sĂ©nĂ©galaise contient des mĂ©canismes d’Ă©limination de partis politiques jugĂ©s antidĂ©mocratiques. C’est une invocation du cadre constitutionnel pour justifier une action politique radicale.

Cependant, il y a une ironie historique : Pastef lui-mĂȘme avait Ă©tĂ© dissout sous Macky Sall prĂ©cisĂ©ment sous le prĂ©texte de dĂ©fendre la dĂ©mocratie. Abdou Mbow invoque maintenant le mĂȘme argument pour justifier une nouvelle dissolution.

Cela rĂ©vĂšle un risque : si chaque gouvernement dissout les partis d’opposition qu’il juge antidĂ©mocratiques, alors la dĂ©mocratie elle-mĂȘme devient un instrument de consolidation du pouvoir exĂ©cutif, non de sa limitation.

Contexte temporel : attaques contre Sonko et réajustement de gouvernance

Les propos d’Abdou Mbow arrivent Ă  un moment oĂč Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye font face Ă  des tensions croissantes. Des articles rĂ©cents de presse rĂ©vĂ©laient des « dissonances pas trĂšs rassurantes » entre les deux hommes. Cette escalade rhĂ©torique d’Abdou Mbow peut ĂȘtre lue comme une tentative d’accĂ©lĂ©rer cette rupture et de crĂ©er l’espace politique pour une alternative.

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