Au Sénégal, 27,4% des entreprises créées cessent leurs activités dans les cinq ans suivant leur création. C’est l’un des enseignements majeurs de l’Enquête nationale de la démographie des entreprises du Sénégal (ENDES), réalisée entre mars et juillet 2025 sur un échantillon de 4 864 entreprises. Si les industries textiles affichent une remarquable résilience, les secteurs du transport, de l’hôtellerie et de la restauration apparaissent comme les plus vulnérables.


Une mortalité préoccupante, avec un pic en 2020

Menée par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) et financée par la Banque mondiale à travers le projet PHASAO, l’enquête dresse un portrait nuancé du tissu entrepreneurial sénégalais. Ibrahima Mbaye, chef de bureau des répertoires à l’ANSD, a présenté les résultats lors d’un atelier de partage organisé à cet effet.

Les données révèlent que sur les entreprises créées en 2018, seulement 57% sont toujours actives, tandis que 27% n’ont jamais démarré une activité économique malgré leur enregistrement. Le taux de fermeture pour cette même cohorte s’établit à 17%.

Sur la période 2019-2021, les fermetures ont atteint leur paroxysme en 2020 avec un taux de 25,3%, une donnée qui coïncide sans surprise avec les perturbations économiques mondiales liées à la pandémie de Covid-19. En 2019, ce taux était de 20,7%, avant de refluer à 15,5% en 2021.


Le textile résiste, les transports et l’hôtellerie peinent

L’enquête met en lumière de profondes disparités sectorielles. Les entreprises du transport et des télécommunications affichent le taux de fermeture le plus élevé, à 39,7%, suivies de près par l’hôtellerie, les bars et les restaurants, où seulement 35,8% des entreprises parviennent à survivre.

À l’opposé, le secteur des industries textiles, couture comprise, se distingue par une solidité remarquable avec un taux de fermeture de seulement 4,2%. Les entreprises du BTP (63%) et des autres industries (67%) affichent également des taux de survie honorables, quand le textile culmine à 71,6%.

Par ailleurs, si 86,6% des entreprises nouvellement créées survivent à leur première année, ce taux chute significativement à mesure que le temps passe : seules 3 entreprises sur 5 sont encore en activité après cinq ans d’existence.


Dakar concentre l’essentiel du tissu économique

Sur le plan géographique, la concentration entrepreneuriale reste très marquée : 62,6% des entreprises visitées dans le cadre de l’enquête sont implantées à Dakar. Le commerce domine largement les créations d’entreprises, représentant 48,4% des nouvelles structures nées en 2018, malgré les difficultés inhérentes au secteur.

Les très petites et moyennes entreprises constituent l’ossature de l’économie nationale, représentant 98,8% de l’ensemble des unités économiques recensées en 2024.


L’accès au financement, principal obstacle à la survie

L’un des freins les plus cités par les entrepreneurs interrogés reste l’accès au financement. 34,6% d’entre eux déclarent faire face à des difficultés financières, et beaucoup ignorent l’existence de structures d’appui publiques telles que l’APIX, la DER, l’ADEPME, le FONGIP, l’ANPEJ ou le FONSIS.

La situation s’est nettement dégradée en 2024 : 55,6% des entreprises déclarent éprouver des difficultés à payer leurs salaires ou à rembourser leurs dettes, contre 27,2% en moyenne sur la période étudiée. Les principales sources de financement restent les fonds propres, la famille et les proches — un indicateur du faible recours au système bancaire formel.


Des recommandations pour réduire la mortalité entrepreneuriale

À l’issue de l’enquête, plusieurs recommandations ont été formulées : renforcer l’accompagnement des entreprises des secteurs les plus fragiles, faciliter l’accès au financement et mieux faire connaître les dispositifs publics d’appui aux entrepreneurs. Des pistes jugées indispensables pour inverser une tendance qui fragilise durablement le tissu économique national.

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