L’irréparable au sein d’une même fratrie. Cinq ans après les faits, la Chambre criminelle de Dakar s’est penchée ce mardi 23 juin 2026 sur un dossier particulièrement douloureux qui a secoué le quartier des Parcelles Assainies. Thierno Amadou Tidiane Lam a comparu à la barre pour le meurtre présumé de son propre frère, Mouhamadou Hafaza Lam, poignardé à mort au cours d’une violente altercation survenue en 2021.

Face à la gravité extrême des charges et à l’attitude jugée insensible de l’accusé, le maître des poursuites n’a pas tremblé en réclamant la réclusion criminelle à perpétuité.

📂 1. Une altercation tragique et des versions à géométrie variable

Les faits se sont déroulés en 2021 dans la concession familiale aux Parcelles Assainies. Pour une dispute aux motifs futiles, Thierno Amadou Tidiane Lam, père de famille, a asséné plusieurs coups de couteau au thorax de son frère.

À la barre, l’accusé a tenté de brandir la carte de la peur pour justifier son geste, affirmant que son frère l’avait menacé en premier dans sa chambre avec une arme blanche : « J’ai sorti un poignard que j’avais sur moi pour me défendre », a-t-il argué. Cependant, sa ligne de défense s’est rapidement heurtée aux contradictions de ses dépositions antérieures relevées par Les Échos :

  • Devant la police : Il avoue d’abord 3 coups de couteau, avant de déclarer lors d’une seconde audition que son frère n’était en réalité pas armé.
  • Devant le juge d’instruction : Il change à nouveau de version et parle de seulement 2 coups.
  • Le constat de la juge : La présidente du tribunal lui a sèchement rappelé que les rapports médicaux font état d’un nombre de blessures sur le corps de la victime bien supérieur à ses déclarations.

🩸 2. L’agonie de la victime et le revirement du fils témoin

L’élément le plus accablant retenu contre l’accusé réside dans son absence totale d’empathie après son acte. Après avoir poignardé son propre frère, Thierno Amadou Tidiane Lam a quitté la pièce, laissant la victime se vider de son sang et agoniser au sol sans lui apporter le moindre secours.

Ce sont les cris de détresse du propre fils de l’accusé, Thierno Sada Lam, témoin oculaire de l’horreur, qui ont alerté le voisinage. Appelé à témoigner à la barre ce mardi, le jeune homme a tenté une manœuvre désespérée pour blanchir son père en prétendant n’avoir pas vu les coups. Un revirement de courte durée : recadré par la juge qui lui a relu ses déclarations initiales à la gendarmerie, le fils a fini par craquer et revenir à la vérité de l’enquête.

🏛️ 3. La perpétuité requise, le délibéré fixé au 14 juillet

Dans son réquisitoire, le procureur de la République s’est montré d’une sévérité exemplaire. Il a fustigé l’absence de « repentir actif » chez l’accusé et l’acte de cruauté consistant à abandonner son frère mourant. Estimant que rien ne pouvait justifier une telle issue, le parquet a requis la réclusion criminelle à perpétuité.

En réplique, l’avocat de la défense, Me Ndiogou Ndiaye, a tenté de sauver la tête de son client en plaidant à titre subsidiaire l’excuse de provocation et la légitime défense, demandant au tribunal l’application de l’article 50 du Code pénal (démence ou contrainte).

La Chambre criminelle de Dakar a mis l’affaire en délibéré. Le verdict final sera rendu le 14 juillet 2026.

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