Ce qui n’était que des tensions feutrées dans les couloirs du pouvoir s’est transformé, en l’espace de quelques semaines, en une recomposition ouverte et fracassante de Pastef-Les Patriotes. Le parti fondé par Ousmane Sonko affiche désormais une fracture béante entre deux lignes irréconciliables : les ultras-fidèles à la direction historique du parti et les partisans du président de la République, Bassirou Diomaye Faye.

De la démission fracassante d’un ministre clé aux purges disciplinaires au sein des structures de cadres, en passant par des accusations de « dérive messianique », les masques tombent les uns après les autres en ce mois de juillet 2026. SAMI24TV dresse la cartographie exclusive de cette guerre des clans qui redessine l’avenir politique du Sénégal.

🚪 1. L’électrochoc Moussa Bala Fofana : « La Patrie avant le Parti »

C’est sans doute le signal le plus retentissant de cette rupture de ban. Reconduit début juin au poste de ministre de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement des territoires au sein du nouveau gouvernement d’Ahmadou Al Aminou Lo, Moussa Bala Fofana a pris tout le monde de court en annonçant sa démission officielle de Pastef le 4 juin.

  • La réplique aux oukases de Sonko : Cette démission est intervenue quelques jours seulement après qu’Ousmane Sonko a publiquement tancé certains ministres reconduits, leur reprochant de s’être éloignés des orientations du parti.
  • Une liberté assumée : Précisant avoir agi « en toute liberté et à titre personnel », Moussa Bala Fofana a juré n’avoir cédé à aucun calcul politique ni reçu de consigne du chef de l’État pour préserver son maroquin. Mettant en avant des dossiers d’envergure (Mbour 4, réforme territoriale, modernisation de l’état civil), il a marqué les esprits avec une formule devenue virale : « Un patriote peut démissionner d’un parti, mais jamais de la patrie. » Tout en qualifiant Sonko de « grand frère », le divorce structurel est acté.

🧹 2. La purge des cadres au sein du MONCAP

La chasse aux sorcières fait rage au sein du Mouvement national des cadres patriotes (MONCAP), l’élite intellectuelle du parti, où les têtes des proches de la présidence commencent à tomber :

  • Le limogeage de « Fifi » Diakhaté : Début juillet, le Bureau du MONCAP a brutalement destitué Fatou Kiné Diakhaté (dite Fifi Diakhaté), par ailleurs directrice de cabinet adjointe du Président Faye, de ses fonctions de coordonnatrice. Son crime ? Avoir déclaré lors d’une cérémonie aux Parcelles Assainies que Pastef présentait désormais « un autre visage ».
  • La guerre des groupes WhatsApp : Dans la foulée, Khouraichi Thiam, directeur général du FAISE, a dénoncé son éviction arbitraire de plusieurs canaux de communication internes du MONCAP. Une mise à l’écart qu’il attribue directement à l’ancienne ministre Khady Diène Gaye, en représailles à sa participation à une cérémonie organisée par Fifi Diakhaté. Thiam a répliqué en revendiquant un engagement fondé sur des convictions plutôt que sur l’allégeance aveugle à un cercle.

💣 3. La charge frontale des hommes du Président : « Dérive messianique »

Si certains préfèrent la discrétion, d’autres cadres installés par la présidence aux postes stratégiques de l’État ont choisi de tirer à balles réelles sur la direction du parti :

  • Abib Diop pilonne le « faux fanatisme » : Le directeur général de la Société africaine de raffinage (SAR) et secrétaire national adjoint du parti, a publiquement dénoncé « l’insolence de certains pseudo-leaders de Pastef », coupables selon lui de manipuler la base militante derrière un « faux drap de fanatisme » envers Ousmane Sonko.
  • Aldiouma Sow flingue le « Messie » sur la TFM : Le ministre-conseiller à la Présidence est allé encore plus loin. Lundi, sur le plateau de la TFM, il a dénoncé une « dérive messianique » au sein du parti et récusé l’existence d’un quelconque pacte secret qui aurait été conclu au Cap Manuel pour organiser le transfert ultérieur du pouvoir à un « messie ». Pour lui, l’exercice du pouvoir a enfin révélé le « vrai visage » d’Ousmane Sonko. Sow s’en est également pris violemment au maire de Dakar, Abass Fall, l’accusant de devoir son fauteuil à des « manœuvres politiciennes » plutôt qu’à une légitimité populaire.

🗺️ 4. La chronologie d’une rupture systémique

Ce séisme est l’aboutissement d’un agenda politique de fond entamé depuis plusieurs mois :

[22 Mai] Limogeage d'Ousmane Sonko de la Primature 
       ⬇️
[01 Juin] Formation du gouvernement Al Aminou Lo (Sonko prend la tête de l'Assemblée nationale)
       ⬇️
[04 Juin] Démission de Moussa Bala Fofana de Pastef
       ⬇️
[03 Juillet] Le Président Faye annonce la création d'un NOUVEAU PARTI PRÉSIDENTIEL UNIFIÉ

Sur le terrain, la machine de guerre est lancée : la coalition « Diomaye Président » s’active pour se doter d’une base municipale totalement autonome à l’approche des élections locales. En face, la réplique s’organise : le maire de Dakar, Abass Fall, a choisi de boycotter la récente réunion sur la réforme de l’Acte IV de la décentralisation, dénonçant une manœuvre de la présidence pour reporter les échéances électorales.

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