L’assassinat du Général Sadio Camara et l’offensive généralisée du JNIM marquent un tournant historique pour la junte malienne. Dans une tribune magistrale, le politologue Babacar Justin Ndiaye décortique les « bizarreries » de cette attaque et les failles béantes d’un régime qui semble « craquer sans s’écrouler ». Entre soupçons de purges internes et erreurs diplomatiques fatales, voici les points clés d’un dossier explosif.
Dakar, Sénégal – Pour l’analyste Babacar Justin Ndiaye, le panorama actuel du Mali suggère des défaillances qui dépassent le simple cadre sécuritaire.
L’énigme Sadio Camara : Faille sécuritaire ou élimination ciblée ?
L’analyste s’étonne de la facilité avec laquelle un camion piégé a pu pulvériser la résidence du Ministre de la Défense dans la cité-garnison de Kati.
- Le dénuement sécuritaire : Justin Ndiaye révèle un détail troublant : la protection de Sadio Camara avait été réduite à une quinzaine d’hommes seulement avant l’attaque.
- Le charisme gênant : Ancien Directeur du Prytanée militaire, homme d’éthique et architecte de l’alliance russe, Camara était un pilier dont l’influence commençait, selon l’analyste, à faire de l’ombre au sein du « bunker » des cinq Généraux.
- L’unique taureau : Avec cette disparition, le Général Assimi Goïta se retrouve désormais comme « l’unique maître à bord », les autres généraux (Diaw, Wagué, Koné) n’ayant pas la même assise sur la troupe.
Diplomatie : Le « pari risqué » de la marocanité du Sahara
Justin Ndiaye pointe du doigt les « divagations diplomatiques » de Bamako, notamment le rapprochement soudain avec le Maroc sur le dossier du Sahara Occidental.
- Le réveil d’Alger : En faisant un « pied de nez » à l’Algérie, Goïta s’expose aux capacités de nuisance d’un voisin puissant. Pour l’analyste, les réseaux algériens (« barbouzes ») contrôlent encore largement le Nord du Mali.
- L’étau stratégique : L’Algérie n’acceptera jamais d’avoir l’influence marocaine sur son flanc Sud (Nord-Mali). Justin Ndiaye prévient : une collusion entre les services secrets algériens (DRS) et français (DGSE) constituerait un péril mortel que la sécurité d’État malienne ne pourrait endiguer.
La fin d’une Transition « sans fin » ?
L’offensive du week-end accélère-t-elle la chute du régime ? L’analyste entrevoit déjà des solutions de rechange :
- Le CTCM : Un « Comité de Transition Civilo-Militaire » serait en gestation dans l’ombre.
- L’ombre de Mahmoud Dicko : L’imam, actuellement en exil à Alger, apparaît comme le profil consensuel pour l’après-Goïta.
Conclusion : Si l’ours (Goïta) est physiquement intact, son isolement politique et ses erreurs stratégiques l’exposent à des « vents contraires » de plus en plus violents. Le Mali entre dans une phase où chaque secousse peut être la dernière.
