Ce 1er décembre, le monde célèbre la Journée internationale de lutte contre le sida. Au Sénégal, le bilan global reste encourageant : faible prévalence, accès important au traitement et des progrès constants depuis deux décennies. Mais derrière cette réussite reconnue, persistent des fragilités majeures qui menacent les acquis, surtout dans un contexte de diminution des financements internationaux.
Un taux de prévalence faible, mais de fortes disparités
Selon le Conseil national de lutte contre le Sida (CNLS), la prévalence du VIH au Sénégal est aujourd’hui de 0,3 % dans la population générale, l’un des taux les plus bas d’Afrique. Environ 41 000 personnes vivent avec le VIH, un chiffre qui peut monter à 44 000 selon certaines estimations incluant les enfants.
Mais cette moyenne cache de fortes inégalités :
- Populations clés (travailleuses du sexe, hommes ayant des rapports avec des hommes, etc.) : des taux de prévalence nettement plus élevés.
- Jeunes et adolescents : une vulnérabilité persistante, notamment dans la tranche 15-34 ans.
- Enfants vivant avec le VIH : une prise en charge encore insuffisante.
Traitement et prévention : des avancées notables, mais des lacunes
Près de 70 % des personnes séropositives au Sénégal ont accès aux antirétroviraux (ARV), un taux relativement élevé dans la sous-région. Pourtant, certaines catégories restent en marge :
- Enfants vivant avec le VIH :
- 3 957 enfants estimés infectés
- 1 661 diagnostiqués (42 %)
- 1 446 sous traitement
- Suppression virale beaucoup moins efficace que chez les adultes
Ces écarts témoignent d’une riposte encore inégale malgré les progrès réalisés.
Une baisse des nouvelles infections… mais un équilibre fragile
Les efforts menés ces dernières années ont permis de réduire fortement les nouvelles infections, passées d’environ 5 000 par an à 900 aujourd’hui. Mais cette tendance est menacée par plusieurs facteurs :
- Diminution des financements internationaux
- Manque de ressources domestiques pour maintenir les acquis
- Hausse des infections chez les jeunes
- Vulnérabilité persistante des populations clés
Sans investissements supplémentaires, les progrès enregistrés pourraient s’éroder rapidement.
À l’horizon 2030 : les priorités clés du Sénégal
Pour atteindre les objectifs internationaux et éviter un rebond épidémique, plusieurs axes sont identifiés :
1. Renforcer le financement intérieur
La riposte dépend encore largement de l’aide extérieure. Le Sénégal devra augmenter ses ressources nationales pour garantir la continuité des ARV, du dépistage et de la prise en charge.
2. Intégrer et consolider les services de santé
Dépistage, traitement et suivi doivent être mieux connectés pour fluidifier les parcours de soins.
3. Soutenir les acteurs communautaires
Ils sont essentiels pour atteindre les populations les plus exposées et lutter contre la stigmatisation.
4. Prioriser la prévention chez les jeunes et les populations clés
Campagnes ciblées, éducation sexuelle adaptée, accès élargi aux outils de prévention.
5. Améliorer le diagnostic et le traitement des enfants
Une urgence sanitaire encore trop souvent négligée.
À l’heure où la vigilance mondiale se relâche et où les financements évoluent à la baisse, le Sénégal se trouve à un tournant crucial. Sans renforcement de la riposte nationale, les gains durement obtenus pourraient être compromis.
