Alors que le sommet de l’État traverse une zone de turbulences inédite, la mosquée Massalikoul Jinaan de Dakar est devenue, ce jeudi, le théâtre d’une communion religieuse forte, mais aussi d’un appel pressant à la raison politique. En présence du tout nouveau président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, et d’une délégation ministérielle envoyée par le Palais, Mbackiou Faye, représentant officiel du Khalife général des Mourides à Dakar, a brisé le silence. Face aux rumeurs de rupture entre les deux têtes de l’exécutif et du législatif, le dignitaire mouride a lancé un avertissement sans détours.
Une mosquée au centre de la convergence républicaine
L’esplanade de Massalikoul Jinaan a affiché une image de décrispation hautement symbolique en ce jour de l’Aïd Al-Adha (Tabaski) :
- La présence de Sonko : Fraîchement installé au perchoir de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko a choisi la grande mosquée mouride pour effectuer sa prière. Mbackiou Faye a tenu à saluer cet acte, soulignant que c’était un honneur et rappelant que ce n’était pas une première pour le leader de PASTEF.
- La main tendue du Palais : Le représentant du Khalife a également magnifié la démarche du président de la République, Bassirou Diomaye Faye, qui a formellement envoyé une délégation de ministres pour prier à Massalikoul Jinaan, illustrant une volonté de maintenir les ponts diplomatiques avec la communauté.
« Ils nous ont vendu l’unité, elle doit être sincère »
Interrogé par les journalistes sur le climat de tension et le récent bras de fer institutionnel qui oppose le pouvoir exécutif et la majorité parlementaire, Mbackiou Faye s’est voulu rassurant mais extrêmement ferme :
« Moi je pense qu’ils ne sont pas en conflit (« Khoulowougnou »). Ils doivent savoir que c’est eux qui ont été élus. Ils nous ont vendu l’unité, et cela doit être sincère. Donc chacun d’entre eux doit nourrir cela pour travailler ensemble et faire avancer le pays. »
Le dignitaire a ouvertement brandi le spectre d’un échec collectif si le duel venait à s’envenimer : « S’ils se tiraillent, les choses se gâteront. C’est vrai que nous populations nous y perdrons beaucoup, mais ce sont eux deux qui y perdront le plus ».
L’appel au sursaut économique et le cri du cœur pour la jeunesse
Pour Mbackiou Faye, le Sénégal n’a pas le luxe de s’enliser dans des querelles de palais interminables. Il a invité la classe politique à un retour immédiat aux réalités économiques et sociales du pays :
- L’urgence du développement : « Il faudrait que les gens se ressaisissent parce que le temps est contre nous, surtout nous les petits pays. Nous avons besoin de tout. On n’a pas d’industries. Nous sommes les consommateurs des grandes puissances », a-t-il martelé.
- La priorité des 75% : Rappelant que les jeunes représentent laécrasante majorité de la population, il a exhorté les dirigeants à se concentrer exclusivement sur leurs besoins vitaux : l’emploi, l’éducation, la santé et le bien-être.
En guise de conclusion, la voix de Touba à Dakar a invité l’ensemble des acteurs, politiques ou non, à se donner la main pour préserver la paix et la concorde nationale, seules garanties d’un avenir stable pour le Sénégal.
