L’heure était au bilan et aux orientations hautement stratégiques au ministère de l’Économie. Ce jeudi à Dakar, lors de la cérémonie officielle de passation de services, le ministre sortant, Abdourahmane Sarr, a transmis ses dossiers à la nouvelle équipe tripartite qui prend les commandes des finances publiques. L’ancien fonctionnaire du FMI a profité de cette tribune pour livrer un véritable plaidoyer doctrinal sur la souveraineté économique, tout en invitant ses successeurs à la continuité républicaine.
🧱 La souveraineté ne signifie pas l’isolement
Alors que le concept de souveraineté sature le débat politique national, l’économiste Abdourahmane Sarr a tenu à en recadrer scientifiquement les contours. Pour lui, l’autonomie financière d’un pays ne relève pas de la magie incantatoire ni de l’autarcie :
« La souveraineté économique ne se décrète pas. Elle se construit. La souveraineté économique ne consiste pas à s’isoler du monde. Elle consiste à coopérer avec le monde à partir d’institutions fortes, crédibles et libres ».
L’ancien candidat à la présidentielle de 2012 a d’ailleurs tenu à désamorcer les complexes face aux bailleurs de fonds, rappelant que « la doctrine du FMI » est d’accompagner les orientations économiques librement choisies par les États, dès lors qu’elles s’avèrent crédibles.
📑 Le legs d’Abdourahmane Sarr : Deux ans de réformes structurelles
En quittant ses fonctions, le ministre sortant laisse derrière lui un héritage technique dense, structuré autour de plusieurs chantiers majeurs destinés à moderniser l’économie sénégalaise :
- Investissement & Secteur Privé : Élaboration de la Stratégie nationale de développement du secteur privé et de promotion de l’investissement.
- Financement & Diaspora : Mise en place d’une stratégie de coopération financière alignée sur les priorités du pays, promotion des partenariats public-privé (PPP), recyclage d’actifs et nouvelles approches de mobilisation de l’épargne des Sénégalais de l’extérieur.
- Transparence macroéconomique : Instauration d’un rapport macroéconomique trimestriel pour renforcer la compréhension collective des défis économiques du pays.
- Aménagement du territoire : Construction d’une vision territoriale fondée sur des pôles de développement insérés dans les dynamiques régionales.
« Ces chantiers ne m’appartiennent pas. Ils appartiennent au Sénégal », a-t-il précisé, invitant la nouvelle équipe à les bonifier plutôt qu’à les balayer.
⚠️ L’avertissement aux successeurs : Exigence de cohérence et de continuité
Abdourahmane Sarr a salué la nouvelle architecture institutionnelle qui voit la renaissance du grand ministère de l’Économie, des Finances et du Plan confié à Cheikh Diba. Toutefois, il a adressé une mise en garde amicale sur la coordination nécessaire avec les deux ministres délégués, Allé Nar Diop (Économie, Plan et Coopération) et Bassirou Sarr (Budget) :
« Le développement exige de la continuité, de la coordination et de la persévérance. Les politiques publiques ne doivent pas être réinventées à chaque changement d’équipe. Elles doivent être évaluées, améliorées et poursuivies lorsqu’elles servent l’intérêt général ».
🌍 L’atout UEMOA et le défi du capital national
En conclusion, l’ancien ministre a réaffirmé sa foi en l’intégration régionale, estimant que l’UEMOA est un levier essentiel de notre souveraineté grâce à sa monnaie stable et sa banque centrale crédible. S’il s’est réjoui de l’attractivité du pays auprès des investisseurs internationaux, il a rappelé l’urgence absolue pour le régime monétaire de renforcer la capacité collective du Sénégal à mobiliser sa propre épargne pour accumuler son propre capital.
