Dakar, 9 mars 2026. La presse sénégalaise de ce lundi est unanimement focalisée sur un seul sujet : le discours tenu samedi par le président Bassirou Diomaye Faye lors de l’Assemblée Générale de la coalition « Diomaye Président » au King Fahd Palace. Entre réaffirmation de son ancrage à PASTEF et adoubement assumé de sa propre coalition, le chef de l’État a envoyé des signaux forts qui résonnent comme une déclaration d’indépendance politique vis-à-vis de son Premier ministre Ousmane Sonko. Les quotidiens décryptent une reconfiguration politique majeure en cours au sommet de l’État sénégalais.
« Le temps de la figuration est terminé »
Diomaye sort de sa réserve
Après des semaines de discrétion face aux multiples sorties publiques de son Premier ministre, Bassirou Diomaye Faye a choisi le cadre de l’AG de sa coalition pour sortir de sa réserve. L’Observateur résume l’événement avec précision : en décidant de s’appuyer désormais sur la coalition « Diomaye Président » pour s’imposer politiquement, tout en refusant de s’affranchir de PASTEF, le président « laisse un choix à pièges à Ousmane Sonko et ses affidés du parti ».
Le Quotidien peint une scène éloquente : devant un parterre de leaders alliés aux visages marqués par des mois d’attente dans l’antichambre du pouvoir, Diomaye « a troqué ses habits de candidat pour ceux de chef d’orchestre exigeant ». Le message est sans concession : la coalition doit désormais choisir « entre la mue ou l’oubli ».
Une coalition au service du gouvernement
Le président a été clair sur les missions de sa coalition restructurée : elle sera « ouverte, efficiente, opérationnelle et pleinement au service de la vulgarisation de l’action du gouvernement ». Une orientation qui place la coalition comme courroie de transmission du bilan gouvernemental — et non plus comme simple outil électoral.
La fracture Diomaye-Sonko : les journaux l’actent
« Diomaye n’est plus Sonko »
Libération y va avec la formule la plus tranchante de la journée : « Diomaye n’est plus Sonko. Sonko n’est plus Diomaye. » Pour le journal, « fini le temps des doutes et des supputations. Le vin est tiré et les dés jetés. » Bassirou Diomaye Faye « retire la couverture de PASTEF de son lit, trace sa voie et prend ses distances d’avec Ousmane Sonko », en adoubant officiellement la coalition « Diomaye Président » au détriment du parti fondé par son Premier ministre.
L’Obs : « La ligne de fracture est consommée »
L’Observateur va dans le même sens : après avoir longtemps maintenu une façade d’unité malgré la crise au sommet de l’État, Diomaye s’est « montré sous un jour nouveau » samedi. Le journal est formel : « La ligne de fracture d’avec son Premier ministre est désormais consommée. Une nouvelle reconfiguration politique semble inévitable. »
« Diomaye remet les pendules à l’heure »
L’As titre sobrement « Diomaye remet les pendules à l’heure », soulignant que le chef de l’État a tenu à rassurer sa famille politique PASTEF — opposée à la restructuration de la coalition — en promettant de « ne jamais trahir » la formation sous la bannière de laquelle il a été élu en mars 2024.
Walf voit du « flou artistique », Sud salue la clarté
Tous les journaux ne lisent pas l’événement de la même façon. Walfquotidien choisit la nuance, estimant que Diomaye entretient un « flou artistique » en réaffirmant son ancrage à PASTEF tout en restructurant sa coalition. Le journal note que beaucoup s’attendaient à une officialisation de la rupture, avec des conséquences directes sur la composition du gouvernement, mais que le discours présidentiel s’est avéré « responsable et mesuré » — loin d’un acte de rupture consommé.
Sud Quotidien relève de son côté que Diomaye « trace sa ligne de conduite », en balayant toute remise en cause de sa légitimité partisane au sein de PASTEF, tout en affirmant que « une coalition qui soutient l’action du président ne peut pas être atone ».
