La question de l’addiction aux stupéfiants reste un défi majeur de santé publique au Sénégal. Le Centre de prise en charge intégrée des addictions de Dakar (CEPIAD), véritable structure de référence au niveau national, accompagne actuellement près de 5 000 personnes souffrant de dépendance aux drogues. Ce chiffre alarmant, dévoilé ce jeudi par son coordonnateur, le Professeur Idrissa Demba Ba, illustre l’ampleur des besoins médicaux et psychologiques dans le pays.

S’exprimant lors d’une conférence préparatoire au lancement de la 39e édition de la Semaine nationale de mobilisation et de sensibilisation sur les questions liées à la drogue, l’addictologue a lancé un appel pressant pour faire évoluer les mentalités et le cadre juridique sénégalais.

🛑 1. Le fléau de la stigmatisation : Un frein majeur aux soins

Si les portes du CEPIAD sont ouvertes pour offrir une prise en charge médicale, psychologique et sociale complète, la fréquentation de la structure se heurte au mur des préjugés. Le Pr Ba dresse un constat amer sur la perception de l’addiction dans la société sénégalaise :

  • La peur de l’étiquette : « Beaucoup de gens qui consomment de la drogue ont peur de venir au CEPIAD parce que, dès qu’on y entre, on est étiqueté comme drogué », a déploré le psychiatre. Cette peur du jugement social pousse de nombreux usagers à s’isoler plutôt qu’à chercher de l’aide.
  • Le personnel soignant découragé : Cette stigmatisation ne touche pas que les malades. Selon le spécialiste, l’image négative qui entoure le monde des addictions décourage également de nombreux professionnels de santé de s’investir dans ce domaine crucial, créant un déficit de ressources humaines spécialisées.

⚖️ 2. L’urgence d’une réforme du Code des drogues

Au-delà des mentalités, c’est le cadre légal qui pose problème sur le terrain. Les équipes du CEPIAD déploient d’importantes actions de proximité pour la réduction des risques auprès des usagers, mais opèrent souvent dans un flou juridique.

Pour normaliser le recours aux soins et protéger les acteurs de la santé, le Pr Idrissa Demba Ba juge « indispensable » une révision de la législation sur les stupéfiants (issue du Code des drogues de 1997, modifié en 2007) :

L’objectif : Clarifier de manière nette et précise la frontière juridique entre le simple usage (qui relève de la santé publique et du besoin de soins) et le trafic de drogues (qui relève de la stricte criminalité), afin d’adapter la réponse judiciaire et d’éviter les confusions dans l’application de la loi.

📅 3. Le CEPIAD, épicentre de la 39e Semaine nationale

Symbole du virage amorcé par l’État dans le traitement de cette problématique, c’est le CEPIAD qui a été choisi pour abriter, ce vendredi à Dakar, la cérémonie officielle de lancement de la 39e Semaine nationale de mobilisation et de sensibilisation sur les questions liées à la drogue.

Selon les organisateurs, ce choix fort « illustre la volonté des autorités de promouvoir une approche davantage centrée sur la santé publique et la réinsertion des usagers », plutôt que sur le seul volet répressif.

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