Le corridor Dakar-Bamako est-il en train de devenir un axe de la mort pour les transporteurs sénégalais ? Entre embuscades sanglantes, exactions et rackets, le cri du cœur des camionneurs rescapés de l’enfer djihadiste met en lumière une crise sécuritaire transfrontalière sans précédent. Le bilan est lourd : 11 camions sénégalais ont été réduits en cendres, et les témoignages des survivants font froid dans le dos.
« Si tu bouges, on t’abat ! » : Les récits glaçants des rescapés
Les chauffeurs Abou Loum, Pape Guèye et Modou Diop ont vu la mort de près. Leurs témoignages décrivent des scènes de chaos absolu lors des interceptions de convois par des groupes armés mobiles :
- La terreur psychologique : « Si tu bouges, on t’abat d’une balle dans la tête ! », s’est entendu hurler l’un des camionneurs, mis en joue par des assaillants lourdement armés.
- Le calvaire des flammes : Au total, 11 camions immatriculés au Sénégal ont été délibérément brûlés avec leurs marchandises, ruinant des années d’investissements et coupant brutalement le cordon économique entre les deux pays.
- Un traumatisme profond : Les rescapés décrivent un voyage permanent la peur au ventre, où chaque virage sur le territoire malien peut se transformer en embuscade djihadiste.
Entre le marteau des armes et l’enclume des douanes
Pour les routiers, la double peine est une réalité quotidienne. En plus de la menace existentielle que représentent les groupes terroristes, les conducteurs dénoncent la complaisance ou le manque de protection, mais surtout la pression administrative.
Le président de l’Union des routiers du Sénégal, Daouda Lô, a livré des confidences bouleversantes sur la détresse de la corporation. Il déplore que les routiers soient pris en étau : d’un côté, la violence aveugle des armes en zone de conflit, et de l’autre, les tracasseries incessantes et les lourdeurs des contrôles douaniers qui bloquent les convois, les exposant encore plus longtemps aux risques d’attaques sur le réseau routier.
Un enjeu économique et humain majeur
Le corridor Dakar-Bamako est le poumon économique du commerce inter-États dans la sous-région. Si les chauffeurs sénégalais refusent désormais de prendre la route en raison de l’insécurité, c’est tout l’approvisionnement des marchés et l’économie du transport qui menacent de s’effondrer. L’Union des routiers réclame de toute urgence des escortes militaires renforcées et une coordination sécuritaire accrue entre Dakar et Bamako.
