Aminata TourĂ© rĂ©plique au groupe parlementaire Pastef. Soutient que vĂ©rification finances publiques relĂšve Cour comptes + Inspection gĂ©nĂ©rale Ătat, pas AssemblĂ©e nationale. Accuse Pastef âmanĆuvres manipulations politiciennesâ. Demande transmission dossiers (y compris fonds Jaam Casamance) institutions compĂ©tentes. Enjeu : compĂ©tence technique vs populisme politique.
La leader de Kiiraay, Aminata TourĂ©, intervient dans le dĂ©bat sur les enquĂȘtes parlementaires avec une mise en garde directe contre ce quâelle considĂšre comme une confusion des responsabilitĂ©s institutionnelles.
Sans citer nommĂ©ment Pastef ni Ousmane Sonko, sa critique vise clairement les initiatives du groupe parlementaire au pouvoir concernant la vĂ©rification financiĂšre dâinstitutions et de fonds.
Son message central : « Les dĂ©putĂ©s ne sauraient sâarroger les prĂ©rogatives de la Cour des comptes et de lâInspection gĂ©nĂ©rale dâĂtat ».
Le contexte : escalade des enquĂȘtes parlementaires
Depuis plusieurs semaines, le groupe parlementaire Pastef et le prĂ©sident de lâAssemblĂ©e nationale Ousmane Sonko ont lancĂ© une sĂ©rie dâenquĂȘtes touchant :
- Exonérations fiscales
- Programme âUn Ă©tudiant, un ordinateurâ
- MĂ©canismes financiers (TRS â Total Return Swap)
- Fonds spéciaux du CESE et HCCT
- Potentiellement : fonds Jaam de la Casamance
Cet activisme parlementaire a provoquĂ© des critiques de lâopposition (Abdou Mbow, dâautres) qui dĂ©noncent une confusion des pouvoirs et une utilisation politique du contrĂŽle parlementaire.
Aminata TourĂ© sâajoute maintenant Ă cette critique â mais dâun angle diffĂ©rent : la compĂ©tence technique.
Lâargument principal : compĂ©tence vs lĂ©gitimitĂ©
Aminata Touré pose un argument simple mais puissant :
« La vĂ©rification financiĂšre, câest un mĂ©tier qui requiert des capacitĂ©s spĂ©cifiques suite de longues Ă©tudes. Ce nâest pas du populisme. »
Elle oppose donc :
â Institutions spĂ©cialisĂ©es â Cour des comptes, IGE
- Ont formations longues (cadres financiers, auditeurs, inspecteurs)
- Ont mĂ©thodologies dâaudit Ă©prouvĂ©es
- Ont indépendance statutaire
- Produisent rapports fondés de faits
â AssemblĂ©e nationale â DĂ©putĂ©s
- Pas formation spécialisée en audit financier
- Pas compétences techniques requises
- Politiquement motivés (élus de partis)
- Risque de partialité
Lâobjection nâest donc pas juste constitutionnelle (comme Abdou Mbow), mais professionnelle.
Elle dit essentiellement : « Vous nâavez pas les qualifications pour faire ce boulot. »
Les institutions compétentes : Cour des comptes et IGE
Aminata Touré identifie les deux organes qui devraient avoir le monopole de vérification financiÚre :
1. Cour des comptes
- Audit des finances publiques (budgets, comptes publics)
- Certification des comptes de lâĂtat
- Vérification légalité/régularité dépenses
- Rapports au Parlement (pas lâinverse!)
2. Inspection gĂ©nĂ©rale dâĂtat (IGE)
- Inspection de lâensemble administration publique
- Vérification fonctionnement institutions
- Rapports au Président
- CapacitĂ© dâinvestigation plus large
Ces deux institutions ont statut constitutionnel/lĂ©gal les habilitant Ă enquĂȘter. Les dĂ©putĂ©s ne lâont pas.
La demande explicite : transmission des dossiers
Aminata TourĂ© demande que tous les dossiers actuellement sous enquĂȘte parlementaire soient transmis aux institutions spĂ©cialisĂ©es :
- ExonĂ©rations fiscales â Cour des comptes
- âUn Ă©tudiant, un ordinateurâ â Cour + IGE
- TRS â Cour des comptes
- CESE/HCCT fonds â IGE + Cour
Elle insiste explicitement sur lâinclusion du fonds Jaam de la Casamance â un fonds visiblement controversĂ© (elle le nomme sans dĂ©velopper, ce qui laisse entendre quâil y a des interrogations).
La bonne gouvernance sans politique : invocation de principes
Aminata TourĂ© invoque des principes quâelle dit partagĂ©s :
« Bonne gouvernance et transparence sont fondamentales pour faire avancer notre pays. Câest une conviction pour Kiiraay et pour le prĂ©sident Bassirou Diomaye Faye. »
Elle place donc la position de Kiiraay et du PrĂ©sident en harmonie sur ces principes. Câest politiquement intĂ©ressant â elle cherche Ă montrer que lâopposition ET le gouvernement veulent la âbonne gouvernanceâ.
Mais elle ajoute une condition cruciale :
« Il faut tenir les manĆuvres et manipulations politiciennes loin de ces principes rĂ©publicains cardinaux. »
Câest lâaccusation clĂ© : Pastef politicise la âbonne gouvernanceâ. Ils veulent lâapparence dâaudit sans la substance.
Lâinvocation du populisme : âCe nâest pas du populismeâ
Une phrase révÚle la stratégie rhétorique :
« La vĂ©rification financiĂšre, câest un mĂ©tier… ce nâest pas du populisme. »
Pourquoi cette phrase ? Parce quâelle anticipe la contre-attaque.
Si Pastef argue : « Les dĂ©putĂ©s enquĂȘtent car le peuple exige transparence ! Câest populaire ! » â Aminata TourĂ© rĂ©pond : « Non, câest pas populaire, câest incompĂ©tent. »
Elle transforme donc lâobjection constitutionnelle (Mbow) en objection technique. Câest plus difficile Ă contrecarrer politiquement.
La formule finale : séparation des rÎles
Aminata Touré conclut par une formule qui résume sa pensée :
« Que chacun reste Ă sa place, et la RĂ©publique ne sâen portera que mieux. »
Câest une invocation classique Ă la sĂ©paration des pouvoirs et au respect des rĂŽles institutionnels.
Chacun à sa place = chacun fait son boulot = République fonctionne mieux.
Implications politiques et légales
Cette intervention de Touré a plusieurs effets possibles :
1. Coalition opposition qui sâĂ©largit
- Abdou Mbow (APR) critiquait la violation séparation pouvoirs
- Aminata Touré (Kiiraay) critique le manque de compétence technique
- Ensemble, elles créent une critique multi-facettes
2. Invitation au Gouvernement
- Elle dit « le Président partage notre vision »
- Câest une invitation : « Presidente, arrĂȘtez Sonko »
- Teste sâil y a fissure entre Diomaye Faye et Sonko
3. Potentiel recours juridique
- Si Cour des comptes saisie, elle pourrait contester lĂ©galitĂ© enquĂȘtes AN
- IGE pourrait aussi intervenir
- Risque de bataille juridique
4. Mobilisation base
- Kiiraay cherche ancrer position de âgouvernance responsableâ
- Opposition peut utiliser critique pour montrer Pastef = incompétent + politique
- Narrative : « Pastef joue Ă lâaudit, pas professionnel »
Le fonds Jaam : lâĂ©lĂ©phant dans la piĂšce
Aminata Touré mentionne explicitement le fonds Jaam de la Casamance sans développer.
Cela signale probablement :
â Fonds Jaam = sujet sensible
â EnquĂȘte AN sur Jaam = sujet politique chaud
â Kiiraay veut que Jaam soit enquĂȘtĂ© (mais par IGE, pas AN)
â Critique implicite : AN politicise Jaam, pas dâaudit objectif
Câest une maniĂšre de dire : « Oui, il y a peut-ĂȘtre des questions sur Jaam. Mais pas ainsi. »
Contexte plus large : contrÎle parlementaire vs compétence
Cette affaire révÚle une tension dans les démocraties africaines :
Dâun cĂŽtĂ© :
- Parlements élus, représentent peuple
- Doivent contrĂŽler argent public
- Exécutif et institutions autonomes doivent rendre compte
De lâautre cĂŽtĂ© :
- Audit financier requiert expertise spécialisée
- Parlement pas habilité légalement ni techniquement
- Risque : investigation politique déguisée en audit
- Institutions spécialisées (Cour, IGE) ont indépendance, expertise
Comment trouver Ă©quilibre ? Câest la question que Senegal lutte.
