Conseil constitutionnel (24 juillet 2025) censure Article 56, alinĂ©a 2 du RĂšglement intĂ©rieur AN. PrĂ©voyait obligations comparution + sanctions pĂ©nales + force armĂ©e. Fondement : Article 91 Constitution protĂšge libertĂ© individuelle. Censure âdispositif de contrainteâ, pas le droit dâenquĂȘte (Article 85 maintenu). Implication majeure : AN peut enquĂȘter, pas forcer comparution. Affecte enquĂȘtes actuelles (12-16 octobre).
La dĂ©cision du Conseil constitutionnel du 24 juillet 2025 (dĂ©cision n° 2/C/2025) trace une ligne constitutionnelle importante : les commissions dâenquĂȘte parlementaires ne peuvent pas forcer les citoyens Ă comparaĂźtre sous menace de sanctions pĂ©nales ou de recours Ă la force armĂ©e.
Câest une limitation majeure aux pouvoirs dâenquĂȘte que le parlement croyait avoir. Elle affecte directement les auditions parlementaires en cours (12-16 octobre 2026).
LâArticle 56 censurĂ© : le dispositif de contrainte
Avant la dĂ©cision, lâarticle 56, alinĂ©a 2 du RĂšglement intĂ©rieur de lâAssemblĂ©e nationale prĂ©voyait :
- Obligation de comparaĂźtre â Une personne convoquĂ©e Ă©tait lĂ©galement obligĂ©e de se prĂ©senter
- Sanctions pĂ©nales â Refuser de comparaĂźtre = infraction pĂ©nale (amende, prison)
- Force armĂ©e â Le prĂ©sident de lâAssemblĂ©e pouvait mobiliser la force armĂ©e pour imposer la comparution physique
CâĂ©tait un arsenal intimidant. Essentiellement, lâAssemblĂ©e avait pouvoir quasi-policier de forcer la prĂ©sence.
Le Conseil constitutionnel juge cela anticonstitutionnel.
Le fondement constitutionnel : Article 91
Le Conseil sâappuie sur lâArticle 91 de la Constitution sĂ©nĂ©galaise :
« Le pouvoir judiciaire est gardien des droits et libertés définis par la Constitution et la loi. »
Câest une clause gĂ©nĂ©rale de protection des droits fondamentaux. Le Conseil lâinterprĂšte comme incluant :
â LibertĂ© de mouvement (pas ĂȘtre forcĂ© Ă comparaĂźtre)
â LibertĂ© individuelle (pas menaces pĂ©nales arbitraires)
â IndĂ©pendance du pouvoir judiciaire (vis-Ă -vis des pouvoirs lĂ©gislatif/exĂ©cutif)
Le Conseil dit au considĂ©rant 46 : le mĂ©canisme de comparution forcĂ©e est incompatible avec lâArticle 91.
Câest un jugement direct. La disposition viole la Constitution, donc elle est censurĂ©e (annulĂ©e).
Ce qui est censuré vs ce qui subsiste
Câest une distinction trĂšs importante que le Conseil clarifie :
CENSURĂ :
â Obligation de comparaĂźtre
â Sanctions pĂ©nales pour refus
â Mobilisation force armĂ©e
SUBSISTE â Non censurĂ© :
â Droit de lâAN crĂ©er commissions dâenquĂȘte (Article 85)
â Droit de lâAN enquĂȘter sur institutions publiques
â Droit de convoquer (invitation)
â Droit de publier rapports dâenquĂȘte
La dĂ©cision ne nie pas le droit dâenquĂȘte. Elle limite le mĂ©canisme de contrainte.
Article 85 : le fondement qui reste
Le Conseil rappelle que lâArticle 85 de la Constitution autorise expressĂ©ment :
« LâAssemblĂ©e [peut] crĂ©er des commissions dâenquĂȘte et renvoie Ă la loi la dĂ©finition de leur organisation, fonctionnement et pouvoirs. »
Câest un fondement constitutionnel solide pour lâexistence des commissions. Le Conseil ne censure pas Article 85. Il dit juste que les pouvoirs de ces commissions sont limitĂ©s â pas de contrainte forcĂ©e.
La nuance sur la qualitĂ© de âmis en causeâ
Le Conseil ajoute aussi (important légalement) :
« Une personne auditionnĂ©e par une commission dâenquĂȘte nâacquiert pas, de ce seul fait, la qualitĂ© de personne mise en cause. »
Câest subtil mais important. Cela veut dire :
â Ătre convoquĂ© â ĂȘtre accusĂ©
â TĂ©moigner â ĂȘtre jugĂ©
â Audition ne confĂšre pas statut criminel automatique
Câest une protection pour les convoquĂ©s : vous nâĂȘtes pas prĂ©sumĂ©s coupables juste parce quâon vous pose des questions.
Implications pratiques : comment fonctionne une audition sans contrainte ?
La question pratique : si on ne peut pas forcer comparution, comment les auditions fonctionnent ?
Réponse du Conseil : implicitement, les gens peuvent refuser de comparaßtre sans conséquence pénale.
Mais le Conseil ne dit pas formellement « vous avez le droit de refuser ». Il dit juste que les sanctions pénales pour refus sont anticonstitutionnelles.
Il y a donc une zone grise :
- Convocation = invitation légale à comparaßtre
- Refus de comparaßtre = légalement permis (no penalties pénales)
- Mais refus peut avoir conséquences politiques/sociales (réputation endommagée, etc.)
Implications pour les auditions parlementaires actuelles (12-16 octobre)
Les six responsables governmentaux convoquĂ©s en cette semaine dâoctobre (Jean KonĂ©, Amadou Tidiane Gaye, etc.) peuvent techniquement refuser de comparaĂźtre.
Avant la décision (si elle avait été appliquée), refuser aurait eu conséquences pénales. Maintenant, non.
Cela change la dynamique de pouvoir :
Avant :
- Parlement = autorité quasi-policiÚre
- Convoqués = forcés comparaßtre
- Refus = crime
AprĂšs :
- Parlement = invite, nâoblige pas
- Convoqués = peuvent refuser (légalement)
- Refus = dommage politique mais pas pénal
ConcrĂštement, les convoquĂ©s ont plus de nĂ©gociation power. Ils pourraient dire : « Je comparaĂźtrai seulement si vous limitez Ă ces questions » ou « Je ne comparaĂźtrai pas avant dâavoir conseil juridique ».
Le parlement peut publier rapport disant « ils ont refusĂ© », mais câest diffĂ©rent dâune infraction pĂ©nale.
Débat entre pouvoirs : quoi de nouveau
Cette dĂ©cision sâajoute aux critiques dâAbdou Mbow et Aminata TourĂ© :
Abdou Mbow (13 oct) :
- AN ne peut pas enquĂȘter institutions constitutionnelles Ă©gales (CESE, HCCT)
- Violation séparation pouvoirs
Aminata Touré (13 oct) :
- AN manque compétence technique audit financier
- Cour comptes + IGE devraient le faire
Conseil constitutionnel (24 juillet 2025) :
- AN peut enquĂȘter (Article 85)
- Mais pas forcer comparution (Article 91)
Ensemble, elles crĂ©ent un encadrement strict du pouvoir dâenquĂȘte parlementaire.
Le message global : contrĂŽle parlementaire, oui. Mais respectez limites constitutionnelles.
Chronologie importante : la décision date de juillet 2025
Attendez. La décision date du 24 juillet 2025. Les auditions sont en octobre 2026.
Cela signifie que les convocations actuelles devraient dĂ©jĂ respecter cette dĂ©cision. Le Conseil constitutionnel a parlĂ© il y a plus dâun an.
Donc les convocations octobre 2026 devraient dire quelque chose comme :
« Vous ĂȘtes invitĂ©s Ă comparaĂźtre. Votre comparution nâest pas obligatoire au sens pĂ©nal. »
Ou simplement : les convocations nâincluent plus de menaces de sanctions.
Implication : le Conseil constitutionnel sâaffirme
Cette décision montre que le Conseil constitutionnel sénégalais est actif et protecteur des libertés fondamentales.
Câest important pour la confiance dĂ©mocratique. Un Conseil qui freine les abus de majoritĂ© parlementaire est un check and balance utile.
Cela contredit lâimage que certains ont du SĂ©nĂ©gal comme âparlement tout-puissantâ ou âmajoritĂ© sans freinâ.
Il y a des contre-pouvoirs. Ils fonctionnent.
