Le prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale annonce des enquĂȘtes parlementaires sur le CESE et le HCCT, couvrant 2012-2026. Ces deux institutions ont Ă©tĂ© supprimĂ©es par la 15e lĂ©gislature. Le dĂ©bat porte sur la compĂ©tence du parlement pour contrĂŽler des organes disparus.

Le prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale a annoncĂ©, Ă  l’ouverture de la session ordinaire 2026-2027, des enquĂȘtes parlementaires sur le Conseil Ă©conomique, social et environnemental (CESE) et le Haut Conseil des collectivitĂ©s territoriales (HCCT), pour la pĂ©riode 2012-2026.

L’initiative vise deux institutions que l’AssemblĂ©e elle-mĂȘme a supprimĂ©es. Un paradoxe qui alimente le dĂ©bat juridique.

Le rang constitutionnel de ces deux organes

Pour mesurer la portĂ©e de cette suppression, il faut revenir Ă  leur statut. La loi constitutionnelle n° 2016-10 du 5 avril 2016 a modifiĂ© et remplacĂ© l’article 6 de la Constitution. Ce texte classait le HCCT et le CESE parmi les institutions de la RĂ©publique, aux cĂŽtĂ©s du PrĂ©sident de la RĂ©publique, de l’AssemblĂ©e nationale, du Gouvernement, du Conseil constitutionnel, de la Cour suprĂȘme, de la Cour des comptes et des cours et tribunaux.

Leur existence reposait donc sur la Constitution elle-mĂȘme. D’oĂč la nĂ©cessitĂ© d’une rĂ©vision constitutionnelle pour les faire disparaĂźtre.

Le CESE avait Ă©tĂ© créé par la loi n° 2012-16 du 28 septembre 2012. Le HCCT l’a Ă©tĂ© par la loi constitutionnelle de 2016, adoptĂ©e aprĂšs le rĂ©fĂ©rendum du 20 mars 2016.

Une premiÚre tentative de suppression, rejetée en 2024

Le projet de suppression a d’abord Ă©tĂ© portĂ© par le prĂ©sident Bassirou Diomaye Faye. Un dĂ©cret convoquait les dĂ©putĂ©s en session extraordinaire le 29 aoĂ»t 2024 pour examiner la suppression du HCCT et du CESE.

Le texte a butĂ© sur l’opposition des dĂ©putĂ©s de l’époque. La Commission des lois l’a rejetĂ© par 16 voix contre 14, les dĂ©putĂ©s de Benno Bokk Yakaar votant contre. La plĂ©niĂšre a confirmĂ© ce rejet, et les deux institutions ont continuĂ© d’exister.

Les partisans de la rĂ©forme invoquaient la rationalisation des dĂ©penses publiques. Les autoritĂ©s avançaient une Ă©conomie de 75 milliards de FCFA sur le mandat du chef de l’État.

Le vote de décembre 2024 : suppression adoptée

AprÚs les élections législatives anticipées, la nouvelle Assemblée a tranché. Le samedi 14 décembre 2024, elle a adopté :

  • le projet de loi n° 13/2024 portant rĂ©vision de la Constitution
  • le projet de loi n° 14/2024 abrogeant la loi organique sur le CESE et la loi organique relative au HCCT

Le vote a recueilli 134 voix pour, 8 contre et 2 abstentions.

En présentant les textes, le garde des Sceaux Ousmane Diagne a justifié la réforme par la « rupture systémique dans la gouvernance institutionnelle ».

PremiĂšre question de droit : la nature des deux organes

L’article 6 de la Constitution prĂ©sente le CESE et le HCCT comme des institutions distinctes du Gouvernement. Or le contrĂŽle que l’AssemblĂ©e exerce, sur le fondement de l’article 59, porte sur l’action du Gouvernement.

Ces deux organes entrent-ils donc dans le champ du contrĂŽle parlementaire ?

  • Pour les partisans du contrĂŽle, la rĂ©ponse est oui : ces organes Ă©taient financĂ©s par le budget de l’État, dont l’exĂ©cution est retracĂ©e chaque annĂ©e par la loi de rĂšglement.
  • Pour leurs adversaires, ce contrĂŽle vise le Gouvernement, et non des institutions autonomes.

Seconde question de droit : enquĂȘter sur un organe disparu

Pour ceux qui contestent les enquĂȘtes, enquĂȘter sur des organes qui n’existent plus relĂšve de l’absence d’objet, une notion proche de l’infraction impossible.

Pour leurs dĂ©fenseurs, la suppression d’une institution n’efface pas les exercices passĂ©s. Ce qui est examinĂ©, selon eux, c’est la gestion des deniers publics, et non l’institution elle-mĂȘme.

Un débat qui reste ouvert

Le dĂ©bat oppose donc deux lectures : d’un cĂŽtĂ©, le contrĂŽle des fonds publics survit Ă  la disparition des organes qui les ont dĂ©pensĂ©s ; de l’autre, sans institution, il n’y a plus d’objet Ă  contrĂŽler. La question sera tranchĂ©e par le dĂ©roulement des enquĂȘtes annoncĂ©es.

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