Keur Massar, Sénégal — Derrière le tumulte habituel des transports et des commerces du carrefour de Keur Massar, se cache une réalité sociale beaucoup plus sombre. Dans un reportage poignant publié par le quotidien L’Observateur, le journal lève le voile sur un phénomène d’ampleur : une prostitution clandestine qui s’exerce désormais en plein jour, dictée par la détresse financière et les charges familiales.

Des sollicitations discrètes au cœur du carrefour matinal

Chaque matin, dès 9 heures, le nœud routier de Keur Massar — véritable point de jonction entre Malika, Yeumbeul, Jaxaay et Niagues — devient le théâtre d’approches très discrètes. Loin des clichés de la nuit, des femmes abordent les passants, voyageurs et automobilistes au milieu du flux quotidien.

Les approches sont mesurées : la conversation débute souvent sous la forme d’une simple demande d’aide financière avant de bifurquer vers des propositions de relations tarifées. Lorsque l’accord est conclu, les protagonistes se retirent vers des appartements ou chambres de passage loués dans les environs. Selon les observations de L’Observateur, le tarif négocié tourne généralement autour de 5 000 FCFA par passe.

Veuves et divorcées : le poids des charges scolaires et ménagères

Les témoignages recueillis par le journaliste dressent un constat amer : la faim et le devoir maternel sont les principaux moteurs de cette activité clandestine. Les personnes interrogées — principalement des femmes divorcées ou des veuves — expliquent recourir à ces rencontres pour assurer la survie immédiate du foyer.

  • Dépenses quotidiennes : L’argent récolté sert prioritairement à l’achat de la nourriture (la « dépense quotidienne ») et au paiement des frais de scolarité des enfants.
  • Stratégie de sécurité : Certaines expliquent préférer exercer la journée, estimant que la forte fréquentation des lieux leur offre une meilleure protection physique que la nuit.
  • Volume d’activité : Selon une interlocutrice, certaines parviennent à enchaîner trois à quatre clients avant de rentrer chez elles, tandis que d’autres s’arrêtent dès que la somme nécessaire aux repas du jour est atteinte.

Tabou social, risques sanitaires et clandestinité

Cette activité diurne s’exécute sous la hantise permanente du regard social et de la stigmatisation. L’une des femmes interrogées confie sa terreur à l’idée que ses propres enfants découvrent la nature de ses revenus, ce qui les oblige à organiser ces rencontres dans le secret le plus absolu.

Le reportage pointe également du doigt la vulnérabilité de ces femmes face aux exigences de certains clients qui demandent des rapports non protégés, malgré les refus opposés et la hantise des infections sexuellement transmissibles. Dans le quartier, si certains commerçants expriment leur gêne face à ces sollicitations répétées près de leurs étals, d’autres riverains font preuve de compassion envers ces mères prises au piège de l’extrême précarité.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

PLUS D'ACTUALITÉS

FMI–Sénégal : ce qui bloque encore le nouveau programme malgré l’optimisme de l’État

Alors que le Sénégal tente de tourner la page de la dette cachée et de relancer son économie, le nouveau programme attendu avec le Fonds monétaire international (FMI) tarde toujours

Affaire des 125 milliards : Farba Ngom auditionné malgré un état critique

Le député-maire des Agnam, Farba Ngom, a été entendu ce lundi au fond par le Pool judiciaire financier (PJF) dans le cadre du dossier dit des 125 milliards de francs

Fille de Mame Makhtar Guèye déférée : révélations sur l’affaire F. B. Guèye

L’affaire secoue les milieux judiciaires et sociétaux à Dakar. Déférée au parquet de Dakar en compagnie de son compagnon R. S. Guissé et de deux ressortissants nigérians, F. B. Guèye,