Ce qui se joue actuellement entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko dépasse désormais la simple rivalité entre deux anciens alliés. C’est une guerre totale pour le contrôle de l’État. Depuis le limogeage d’Ousmane Sonko de la Primature en mai dernier, le Sénégal assiste à un bras de fer inédit entre le pouvoir exécutif et la majorité parlementaire, installant deux centres de commandement rivaux au sommet de la République.
Le mythique slogan de la campagne de 2024, « Diomaye moy Sonko », a définitivement volé en éclats sous le poids des réalités du pouvoir. Aujourd’hui, en ce mois de juillet 2026, la question centrale qui paralyse l’appareil d’État est explosive : qui est le véritable dépositaire du « Projet » ?
🎭 1. Du tandem fusionnel au piège de la gouvernance à deux têtes
La formule magique qui avait permis de mobiliser les foules et d’emporter l’élection présidentielle est devenue, une fois le pouvoir conquis, le principal piège du régime. Un État moderne ne peut pas se diriger durablement avec deux centres de gravité.
Le limogeage d’Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre, le vendredi 22 mai 2026, a marqué la fin de cette architecture politique hybride. En reprenant les rênes, le président Bassirou Diomaye Faye a opéré un choix stratégique majeur en nommant le technocrate Ahmadou Al Aminou Lô à la Primature le 25 mai.
| Ligne Diomaye (Le Palais) | Ligne Sonko (L’Hémicycle) |
| Profil : Technocratique et administratif | Profil : Politique, militant et souverainiste |
| Vision : Pilotage institutionnel, gestion de la dette et respect des partenaires. | Vision : Prolongement de l’esprit de combat et application radicale de la rupture. |
| Légitimité : Le suffrage universel direct | Légitimité : La base historique et la machine PASTEF |
🏛️ 2. L’Assemblée nationale transformée en bunker politique
La riposte d’Ousmane Sonko à son éviction du gouvernement a été fulgurante. Élu président de l’Assemblée nationale le 26 mai 2026, il a immédiatement déplacé le champ de bataille. Quittant un pouvoir exécutif où il était constitutionnellement subordonné au chef de l’État, il s’est installé à la tête d’un pouvoir législatif autonome, adossé à la majorité écrasante de PASTEF.
Le cœur nucléaire de cette confrontation a explosé le 29 juin 2026, lors du passage en force de la majorité parlementaire pour adopter la révision constitutionnelle (loi n°18/2026). Pour le camp Sonko, ce texte est l’aboutissement logique des réformes issues du dialogue national. Pour le camp présidentiel, il s’agit d’une tentative de « tripatouillage » et d’un rééquilibrage brutal visant à réduire les pouvoirs du chef de l’État au profit du Parlement.
La charge d’Ousmane Sonko : Le jour du vote, le leader de PASTEF a publiquement accusé le président de vouloir trier les articles de la Constitution selon son confort personnel, notamment sur la déclaration de patrimoine et le droit de diriger un parti.
⚖️ 3. Saisine du Conseil constitutionnel et menace du Référendum
Face à ce qu’elle qualifie de « forfaiture », la coalition Diomaye Président est entrée dans une logique de confrontation ouverte. Le 6 juillet 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a dégainé l’arme juridique en saisissant officiellement le Conseil constitutionnel (recours enregistré sous le numéro 6/C/26) pour contester la procédure parlementaire. Les « Sages » examinent l’affaire en urgence et leur arbitrage, attendu sous huit jours, sera capital.
Parallèlement, le Palais de l’Avenue Roume affûte sa stratégie de contournement territorial :
- L’opération séduction des maires : Début juillet, le Président a reçu 306 maires au Palais, jetant les bases locales d’un futur parti présidentiel unifié, piloté par Aminata Touré, pour faire pièce à l’hégémonie de PASTEF.
- L’arme du référendum : Si le Conseil constitutionnel censure la loi de l’Assemblée, le président Faye compte court-circuiter le Parlement en donnant directement la parole au peuple, transformant ce vote en un véritable plébiscite entre sa légitimité et celle de Sonko.
🔮 Les trois issues possibles d’un crash-test historique
Le Sénégal est entré dans une zone de haute turbulence institutionnelle. La suite du quinquennat se jouera selon trois scénarios d’ici les élections locales de 2027, qui feront office de première mi-temps électorale de ce divorce :
- L’issue juridique : Le Conseil constitutionnel donne raison au Président, bloquant la réforme de PASTEF et consacrant l’autorité de l’exécutif.
- L’issue parlementaire : Le Conseil valide le vote du 29 juin, renforçant le statut de contre-pouvoir d’Ousmane Sonko et ouvrant la voie à un blocage budgétaire de l’État.
- L’issue populaire : Le président Faye va jusqu’au bout de sa logique et convoque un référendum national. Le peuple sénégalais devra alors trancher le cordon et choisir qui, de Diomaye ou de Sonko, doit véritablement tenir le gouvernail du pays.
