Le Conseil des Diffuseurs et Éditeurs de Presse du Sénégal (CDEPS) est monté au créneau ce mardi 31 mars 2026. Dans un communiqué au vitriol, l’organisation patronale fustige la convocation du journaliste Ibrahima Lissa Faye à la Sûreté Urbaine et déballe des chiffres compromettants sur la répartition du Fonds d’Appui et de Développement de la Presse (FADP). Entre ponctions illégales et favoritisme du secteur public, le CDEPS réclame un audit indépendant.
L’affaire Ibrahima Lissa Faye : « Une tentative de musellement »
Pour le CDEPS, la convocation de notre confrère Ibrahima Lissa Faye n’est rien d’autre qu’une manœuvre d’intimidation. Le tort du journaliste ? Avoir mis en lumière les zones d’ombre de la gestion du FADP ces deux dernières années. Mamadou Ibra Kane, président du CDEPS, rappelle que l’analyse critique des ressources publiques est un pilier de la démocratie qui ne devrait pas conduire à un interrogatoire de police, mais à un débat public.
Le scandale des chiffres : Le public rafle la mise, le privé agonise
L’examen des données du FADP 2025 révèle un déséquilibre flagrant. Sur un budget de 1,9 milliard FCFA, la répartition soulève l’indignation du patronat de la presse :
- Le Secteur Public en force : Les médias d’État (RTS, Le Soleil, APS) et les structures de gouvernance captent 42,2% du budget (soit 801,24 millions FCFA), alors qu’ils bénéficient déjà de budgets directs de l’État.
- La Presse Privée sacrifiée : Elle ne reçoit que 36,1% de l’enveloppe (686,55 millions FCFA), répartis entre seulement 38 entreprises.
- Blocage Illégal : Le fonds est resté bloqué pendant une année entière, asphyxiant des entreprises déjà privées de publicité.
Des « ponctions arbitraires » au profit de la Maison de la Presse
Le grief le plus grave concerne la légalité des mouvements de fonds. Le CDEPS dénonce une ponction de 39,6 millions FCFA opérée sur les allocations de certaines structures au profit de la Maison de la Presse, et ce, sans aucune base réglementaire.
« Une telle réaffectation soulève de sérieuses interrogations quant à sa légalité et à sa conformité aux principes de bonne gouvernance », martèle le communiqué.
Les exigences du CDEPS : Audit et Transparence
Face à ce qu’il considère comme une menace pour l’équilibre démocratique, le CDEPS exige :
- La publication intégrale de la liste des bénéficiaires et des critères d’attribution.
- L’ouverture d’un audit indépendant sur la gestion du fonds et les réaffectations suspectes.
- Une réforme profonde du mécanisme pour revenir à la vocation première du FADP : soutenir la viabilité de la presse privée.
Le CDEPS réaffirme son soutien total à Ibrahima Lissa Faye et prévient : fragiliser économiquement la presse tout en intimidant les journalistes met en péril l’espace démocratique sénégalais.
